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Pourparlers russo-américains: le Kremlin veut parler sécurité européenne, et pas juste Ukraine
Le Kremlin a signifié que le règlement de la guerre en Ukraine était indissociable de la réorganisation de l'architecture sécuritaire européenne, au moment où s'ouvrent à Ryad des pourparlers russo-américains, auxquels ni l'Europe ni Kiev n'ont été conviés.
La Russie réclame de longue date un retrait des forces de l'Otan d'Europe orientale, car elle considère l'Alliance comme une menace existentielle. Elle avait notamment utilisé cet argument pour justifier son invasion de l'Ukraine en 2022.
L'administration du président Donald Trump s'est montrée, elle, très critique de ses alliés européens et moins disposée à soutenir l'Ukraine.
La rencontre mardi à Ryad des négociateurs russes et américains, menés par les chefs de la diplomatie des deux pays, Sergueï Lavrov et Marco Rubio, marque une première à ce niveau et dans un tel format depuis l'invasion russe de l'Ukraine le 24 février 2022.
Elle intervient après l'appel téléphonique la semaine dernière entre Donald Trump et Vladimir Poutine, qui a fait voler en éclats l'union occidentale et la stratégie d'isolement visant le président russe.
Le président américain a présenté cette conversation comme étabt le début de pourparlers de paix pour l'Ukraine. Moscou a signifié que cette guerre ne pouvait être arrêtée sans un accord plus large, et vise la relance des relations russo-américaines dans leur ensemble.
"Un règlement à long terme, un règlement viable (en Ukraine) est impossible sans un examen global des questions de sécurité sur le continent", a encore indiqué mardi le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, en réponse à une question de l'AFP lors de son briefing quotidien.
La Russie avait réclamé fin 2021 de redessiner l'architecture de la sécurité européenne et, de facto, un retrait des forces de l'Otan d'Europe orientale, ainsi qu'un engagement occidental à ne pas élargir l'Alliance vers l'Est. Peu après avoir vu ces revendications rejetées, Moscou a déclenché son attaque contre l'Ukraine.
A terme, d'autres sujets clés sur lesquels Washington et Moscou coopéraient avant l'invasion pourront se retrouver sur la table : désarmement nucléaire, forces conventionnelles en Europe, nucléaire iranien, conflit israélo-palestinien...
- Dialogue renoué -
Si Washington et Moscou ont renoué le dialogue, l'ambiance au début de la rencontre à Ryad, peu avant 10H30 locales dans un centre de conférences, le palais Diriyah, était clairement tendue.
Assis autour d'une grande table en acajou, les visages fermés, le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio et son homologue russe Sergueï Lavrov se faisaient face.
Le conseiller à la Sécurité nationale du président américain, Mike Waltz, l'envoyé spécial pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, et Iouri Ouchakov, le conseiller diplomatique de Vladimir Poutine, étaient aussi présents.
Les deux camps se sont efforcés de minimiser les attentes s'agissant de cette première rencontre. Celle-ci marque néanmoins un rebondissement spectaculaire que les Européens et les Ukrainiens redoutent.
La partie américaine a insisté sur le fait que Washington souhaitait voir avant toute chose "si (les Russes) sont sérieux" dans leur volonté de renouer le dialogue.
Le président français Emmanuel Macron a convié à la hâte lundi à Paris des dirigeants de pays-clefs pour tenter d'afficher une posture commune sur la sécurité européenne.
Mais aucune décision concrète n'est sortie de la réunion.
Ravie des tensions américano-européennes, la Russie a exclu une participation européenne à des pourparlers, car selon M. Lavrov, l'Europe veut la poursuite de la guerre.
De son côté, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a dit mardi sur X que l'UE voulait "faire équipe" avec les Etats-Unis pour une paix "juste et durable" en Ukraine, après une rencontre avec l'envoyé spécial du président américain, Keith Kellogg. Ce dernier est attendu à Varsovie puis à Kiev cette semaine.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui se trouve en Turquie mardi et est attendu mercredi en Arabie saoudite, a déclaré n'avoir même pas été informé de la rencontre de Ryad.
- Sommet Trump-Poutine ? -
Il a donc martelé lundi que l'Ukraine "ne reconnaîtrait" aucun accord conclu sans elle, et jugé qu'Ukrainiens et Occidentaux devaient avoir une position commune avant de parler avec le Kremlin.
Washington et Moscou ont dit que Kiev participerait aux pourparlers au moment voulu, et le porte-parole du Kremlin a assuré mardi que Vladimir Poutine était "si nécessaire (...) prêt à négocier avec Zelensky".
Il a également indiqué que le Kremlin ne s'opposait pas à une entrée de l'Ukraine dans l'UE, mais s'opposait à son adhésion à l'Otan.
Enfin, la Russie, visée par de lourdes sanctions occidentales, a dit mardi s'attendre à "des progrès" rapides, "dans les deux-trois mois", dans le volet économique des pourparlers avec les Etats-Unis.
burs/alf/lpt
F.Cardoso--PC