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"Produire plus": la ministre de l'Agriculture donne sa vision de la souveraineté
"La France doit produire plus pour manger mieux", a affirmé dimanche la ministre de l'Agriculture Annie Genevard, livrant sa vision de la souveraineté alimentaire, conçue comme un "réarmement" dans un monde secoué de conflits.
Le ton est ferme, le sourire conquérant: six mois après son arrivée au gouvernement, la ministre issue des rangs de la droite traditionnelle française a planté ses drapeaux en inaugurant le stand du ministère au Salon de l'agriculture.
"Dans ce moment de grand bouleversement de l'ordre international (...), la France doit affirmer sa souveraineté agricole comme un enjeu régalien et réarmer sa puissance alimentaire", a-t-elle déclaré, appelant à "sonner la mobilisation générale".
"La France doit produire plus pour manger mieux. Produire plus pour reconquérir l'assiette des Français, produire plus pour importer moins et garantir les standards de production que nous exigeons de nos paysans", a-t-elle déclaré, suscitant des applaudissements dans le public, largement composé de représentants du monde agricole (producteurs, interprofessions, chambres d'agriculture...).
"Produire plus pour rester une puissance exportatrice et jouer dans la cour des grands alors que de nouveaux équilibres de la géopolitique agricole se dessinent", a-t-elle poursuivi.
- Contre les "idéologues" -
La veille, le président de la République Emmanuel Macron s'était engagé à tout faire "pour protéger cette souveraineté alimentaire française et européenne" dans un monde instable où Pékin, Trump ou Poutine peuvent faire trembler vins, cognacs, fromages ou blés français.
"Demain, rien ne nous dit que l'alimentation ne deviendra pas une arme et, donc, notre responsabilité c'est de produire sur notre sol ce qui nous permet de nous nourrir et de nourrir nos enfants", a lancé le chef de l'Etat.
Depuis le début de la guerre en Ukraine, qui a révélé les faiblesses d'une Europe agricole dépendante du gaz russe pour ses engrais et fragilisée par la concurrence féroce du blé de la mer Noire, le discours de l'exécutif français a changé sur la souveraineté alimentaire.
Bien loin de 2017, quand Emmanuel Macron promettait l'interdiction de l'herbicide glyphosate et vantait une "montée en gamme" de la production agricole, l'exécutif français défend désormais une vision de la production largement partagée par la FNSEA: moins de contraintes, des "moyens de production" - notamment des pesticides et de l'eau -, et une lutte efficace contre la "concurrence déloyale" venue d'Amérique latine (Mercosur).
Dans le discours d'Annie Genevard, pas une fois il n'est question de "transition agroécologique" - présentée comme une priorité du gouvernement jusqu'à l'an dernier.
Au contraire, la ministre veut "produire plus et tourner le dos aux partisans de la décroissance" et fustige vigoureusement les "idéologues", "les procureurs qui +bouffent du paysan+ à tous les repas sans en avoir jamais vu, pour entretenir le fantasme d'une France agricole productiviste".
- "Extrêmement choquant" -
"On invoque souvent la dette environnementale que nous pourrions laisser à nos enfants. Mais je ne veux pas non plus leur laisser une dette alimentaire", a-t-elle encore affirmé.
Vantant son bilan, elle a rappelé l'adoption réalisée ou en cours de lois agricoles facilitant la vie des producteurs, la mise en oeuvre de près "d'un demi-milliard d'allègements de charges", de mesures d'aide d'urgence ou de prêts garantis par l'Etat à hauteur de 70%.
"On a une ministre volontariste et bienveillante. Les prêts garantis pour une durée pouvant aller jusqu'à 12 ans, c'est une vraie respiration pour les agriculteurs en crise, c'est très concret", a réagi auprès de l'AFP Luc Smessaert, agriculteur dans l'Oise et un des vice-présidents de la FNSEA.
Au contraire, la Confédération paysanne, troisième syndicat agricole qui défend une "réelle transition agroécologique", a décidé de boycotter le discours de la ministre dimanche ainsi que tous les événements protocolaires du Salon.
Le budget de l'Agence bio un temps menacé, la possible réintroduction des insecticides néonicotinoïdes - très toxiques pour les pollinisateurs - et "toujours pas de mesures" pour garantir aux agriculteurs des prix minimum en fonction de leurs coûts: "tout cela est extrêmement choquant", s'est indignée la porte-parole nationale Laurence Marandola, qui compte toutefois continuer de travailler avec le gouvernement mais sans s'afficher à ses côtés.
G.Machado--PC