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Allemagne: Friedrich Merz en quête d'alliés pour gouverner après une victoire étriquée
Vainqueur des élections allemandes avec un score plus faible qu'espéré, Friedrich Merz, le chef de la droite, se lance dans des négociations ardues pour former un gouvernement attendu avec impatience par les Européens pour peser face à Donald Trump et la Russie.
Pour former une majorité, il compte se tourner en priorité vers les sociaux-démocrates, malgré leur résultat, de leur propre aveu, "catastrophique". Ces deux partis disposent au final ensemble d'une courte majorité de sièges à la chambre des députés.
Le nouvel homme fort de l'Allemagne sait que son pays ne peut pas rester longtemps sans direction face aux bouleversements économiques et géopolitiques du moment: rupture du sacro-saint lien transatlantique, crise du modèle industriel concurrencé par la Chine, menace de guerres commerciales avec les Etats-Unis.
L'ancien avocat d'affaires, qui n'a jamais eu de fonctions ministérielles, a mené son camp CDU/CSU à la victoire. Mais le résultat des conservateurs aux législatives de dimanche (28,6%) ne leur permet pas de gouverner seuls et est moins élevé que les 30% annoncés depuis des mois par les sondages.
L'extrême droite a doublé son score, à 20,8% et raille "la victoire à la Pyrrhus" de la droite.
"Ce n'est pas un résultat particulièrement bon qui inspire confiance", a averti Alice Weidel, cheffe de l'AfD, parti anti-migrants et prorusse qui s'impose comme la deuxième force politique du pays.
- Scholz hors jeu -
"Les Allemands ont très clairement dit +Non!+ à Olaf Scholz lors de cette élection, mais pas vraiment +Oui!+ à son challenger", résume le quotidien Süddeutsche Zeitung (SZ).
En promettant de former une coalition "au plus tard" à la date de Pâques, soit le 20 avril, Friedrich Merz se fixe un objectif ambitieux. Lundi, "le travail commence", a-t-il assuré.
"Le monde extérieur ne nous attend pas (...). Nous devons vite redevenir opérationnels pour (agir) sur le plan intérieur, pour redevenir présents en Europe", a lancé le futur chancelier alors que l'Allemagne est déjà paralysée depuis quatre mois par la rupture de la coalition d'Olaf Scholz avec les verts et les libéraux.
La fragilité des autres partis traditionnels n'arrange pas les affaires de la droite.
Ayant annoncé qu'il ne s'alliera pas avec l'AfD, Friedrich Merz n'a d'autre choix que de tendre le main à des sociaux-démocrates aux abois: avec un score autour de 16%, le SPD, plus vieux parti du pays, encaisse son plus mauvais résultat en 80 ans.
Il doit éviter l'implosion et tenter de se rassembler autour de nouveaux leaders, Olaf Scholz prévoyant de se mettre en retrait.
Le parti écologiste Die Grünen, qui était dans la coalition sortante, a décroché 11,6% des voix.
Après une campagne électorale polarisée comme jamais, sceller les compromis indispensables au "contrat de coalition" pourrait s'avérer ardu.
"Je quitterai le parti si le SPD choisit (de s'allier) à Friedrich Merz comme chancelier", assénait dimanche soir, Philipp Bauer, un militant berlinois de 44 ans dépité.
Une grande coalition avec la CDU de Merz serait "bien différente", selon lui, des majorités "rouge-noir" formées autour de l'ex-chancelière Angela Merkel, au cap résolument centriste.
- Ligne dure -
Son successeur et ancien rival s'est affranchi de cet héritage, revendiquant une droite sans tabou aux propositions radicales pour lutter contre l'immigration illégale.
Son pari de prendre des voix à l'AfD grâce à cette ligne intransigeante, au point d'esquisser un début de rapprochement avec l'extrême droite pendant la campagne, n'a pas été payant.
Merz n'a pas réussi "à susciter un véritable désir de changement, un enthousiasme pour sa personne ou son projet", estime le quotidien SZ.
Malgré un taux de participation record depuis la réunification (83-84%), les électeurs ne sont guère optimistes: 68% d'entre eux craignent qu'il n'y ait pas de gouvernement stable à l'issue de l'élection, selon un sondage Infratest dimap.
La cheffe de l'AfD a prédit un sort funeste à une future coalition SPD-CDU qui sera incapable, selon elle, de s'entendre sur l'immigration ou les questions budgétaires.
"Nous aurons de nouvelles élections très rapidement", a avancé Alice Weidel, ouvertement soutenue par l'administration Trump depuis des semaines.
L'Europe espère au contraire de Berlin de la stabilité et un rôle d'impulsion après les divisions de la coalition sortante.
Renforcer la défense européenne afin que le continent s'émancipe des Etats-Unis sera la "priorité absolue" du prochain gouvernement, a assuré Friedrich Merz, atlantiste convaincu mais aujourd'hui "sans illusion" après le rapprochement amorcé par Washington avec la Russie pour forcer un règlement de la guerre en Ukraine.
F.Santana--PC