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La Turquie attend une "déclaration historique" du chef kurde Öcalan
La Turquie attend jeudi une "déclaration historique" du chef kurde Abdullah Öcalan qui pourrait mettre un terme à quatre décennies de violences.
Une délégation du parti prokurde DEM s'est rendue jeudi matin sur l'île-prison d'Imrali, en mer de Marmara, en promettant de revenir avec un message du fondateur du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).
Elle doit le rendre public lors d'une conférence de presse à 17H00 (14H00 GMT) à Istanbul.
Dans cette perspective, le DEM a prévu des écrans géants pour suivre la déclaration du chef du PKK à Diyarbakir (sud-est) et Van (est), les deux principales villes kurdes de Turquie. D'autres ont été installés dans le nord de la Syrie et de l'Irak.
C'est la troisième fois depuis fin décembre que des représentants du DEM, troisième force au parlement turc, sont autorisés à rencontrer "Apo" (oncle, en kurde), leader historique et toujours vénéré du PKK, condamné à la prison à vie.
Lors des précédentes rencontres, Abdulah Öcalan, 75 ans, avait exprimé sa "détermination" à tourner la page.
"Si les conditions se présentent, j'ai le pouvoir théorique et pratique de transférer le conflit du terrain de la violence au terrain juridique et politique", a-t-il assuré à l'un de ses interlocuteurs.
Ses deux précédents appels à la trêve, au début des années 2000 puis en 2013, avaient fait long feu, cédant la place à des flambées de violence.
- "Itinéraire pour la paix" -
Mais cette fois, "la puissance militaire de la Turquie empêche depuis longtemps le PKK d'agir sur le terrain" souligne Boris James, historien français spécialiste des Kurdes.
Selon Tuncer Bakirhan, le vice-président du DEM qui dirige la délégation, "M. Öcalan prépare un itinéraire pour la paix".
"Il ne veut pas seulement que les Kurdes soient libres de parler leur langue, mais que toute expression démocratique soit possible" dans le pays, a-t-il indiqué récemment.
Le gouvernement turc, qui a initié le processus par l'intermédiaire de son allié nationaliste du MHP, Devlet Bahçeli, a proposé de le sortir de son isolement après vingt-six ans de détention.
Une remise en liberté paraît cependant peu probable, étant donné les menaces de vengeance qui pèsent sur Öcalan.
La guérilla livrée par le PKK, considéré comme un groupe terroriste par Ankara et ses alliés occidentaux, a fait plus de 40.000 morts depuis 1984.
- Main tendue et répression -
Le président Recep Tayyip Erdogan, qui s'est peu exprimé sur le sujet, a confirmé à plusieurs reprises la politique de "la main tendue aux frères kurdes", qui constituent la principale minorité de Turquie (20% de la population environ), tout en accentuant la pression sur l'opposition, en particulier sur le parti DEM, dont dix maires ont été démis de leurs fonctions depuis leur élection l'an dernier.
C'est le cas du populaire maire de Mardin (sud-est) et figure du mouvement kurde, Ahmet Türk, 82 ans, qui s'est rendu jeudi à Imrali.
Des vagues d'arrestations ont été conduites contre des centaines de personnes - militants politiques, élus, artistes, journalistes - accusées de "terrorisme".
Cependant, et en dépit du charisme intact d'"Apo" Öcalan, une vaste incertitude pèse sur la réponse des combattants du PKK, pour la plupart repliés dans les montagnes de la région de Qandil, dans le nord de l'Irak.
"Ils peuvent arguer qu'Öcalan étant détenu, sa parole n'est pas libre et continuer le combat", redoute un diplomate occidental qui prédit alors une riposte militaire immédiate d'Ankara.
La Turquie accuse aussi le PKK de combattre dans le nord-est de la Syrie au côté des Forces démocratiques syriennes (FDS).
Or les FDS sont soutenues par les Etats-Unis au nom de la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique. Et nul ne connait à ce stade les intentions de Washington, qui maintient des forces sur place, relève l'historien Hamit Bozarslan, de l'EHESS à Paris: "c'est la clé", soutient-il.
Le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan a appelé à plusieurs reprises les nouvelles autorités de Damas, alliées d'Ankara, à expulser "les combattants non syriens" issus du PKK.
"Ce n'est pas seulement une menace pour notre sécurité, mais pour la région entière", a-t-il estimé.
E.Borba--PC