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Sri Lanka: les manifestants quittent les bâtiments occupés, le président arrive à Singapour
Les manifestants sri-lankais se sont retirés jeudi des bâtiments publics occupés ces derniers jours, tout en promettant de continuer à mettre sous pression le président Gotabaya Rajapaksa, arrivé dans la journée à Singapour, et le Premier ministre.
Des témoins ont vu des dizaines de personnes quitter les bureaux du Premier ministre jeudi, alors que des forces de l'ordre armées y pénétraient. Des véhicules blindés de transport de troupes patrouillaient dans certains quartiers de la capitale placée sous couvre-feu.
"Nous nous retirons pacifiquement du palais présidentiel, du secrétariat présidentiel et des bureaux du Premier ministre avec effet immédiat, mais nous continuerons notre lutte", avait déclaré un peu plus tôt une porte-parole des manifestants.
La foule contestataire avait envahi mercredi les bureaux du Premier ministre Ranil Wickremesinghe après avoir fait de même samedi avec le palais du président Gotabaya Rajapaksa, l'obligeant à s'enfuir à l'étranger.
Près de 85 personnes ont été blessées dans les heurts et un homme est mort asphyxié par les gaz lacrymogènes.
Des centaines de milliers de personnes ont visité le palais présidentiel depuis son ouverture au public après la fuite de M. Rajapaksa samedi.
Jeudi après-midi, les portes du bâtiment étaient fermées et gardées par des hommes en armes.
Un peu plus tôt dans la journée, Gihan Martyn, un commerçant de 49 ans accusait le président de "jouer la montre".
"C'est un lâche", grognait-il devant le palais présidentiel, "il a ruiné notre pays avec la famille Rajapaksa, donc nous ne lui faisons pas du tout confiance. Nous avons besoin d'un nouveau gouvernement".
L'armée et la police ont reçu de nouveaux ordres jeudi pour réprimer fermement toute violence, et averti les fauteurs de troubles qu'ils étaient "légitimement habilités à exercer leur force".
Pas de quoi effrayer Chirath Chathuranga Jayalath, étudiant de 26 ans: "Vous ne pouvez pas arrêter ces manifestations en tuant des gens. Ils nous tireront dans la tête, mais nous faisons ça avec notre coeur", a-t-il assuré.
- Hôtel de luxe -
M. Rajapaksa avait promis de démissionner mercredi mais aucune annonce n'a été faite.
Selon des sources dans le domaine de la sécurité, cette démission pourrait être annoncée jeudi, maintenant qu'il a quitté les Maldives.
"La lettre de démission a été préparée", explique la source à l'AFP, "aussitôt qu'il donne le feu vert, le président du Parlement la publiera".
Après une journée d'escale aux Maldives, M. Rajapaksa a en effet rejoint Singapour, avec sa femme Ioma et deux gardes du corps, à bord d'un vol commercial de la Saudia. Ils ont été escortés dans l'avion quelques minutes avant le décollage.
Le chef de l'Etat, selon la presse locale, avait d'abord exigé un jet privé, refusant de prendre un vol commercial avec d'autres passagers à cause de l'accueil hostile qu'il avait reçu à son arrivée aux Maldives mercredi.
Il avait été conspué et insulté à sa sortie de l'aéroport de Velana et une manifestation a été organisée dans la capitale Malé pour demander au gouvernement des Maldives de ne pas le laisser transiter en toute sécurité.
Les médias maldiviens rapportent que M. Rajapaksa a passé la nuit dans l'hôtel de luxe Waldorf Astoria Ithaafushi, et mettent en parallèle cette opulence et la crise économique que traverse la population sri-lankaise, la pire de son histoire.
Selon des sources diplomatiques, les Etats-Unis lui ont refusé une demande de visa car il avait renoncé à sa citoyenneté américaine en 2019 avant d'être candidat à la présidentielle.
Singapour ne sera pas sa destination finale. La cité-Etat a précisé que M. Rajapaksa était en visite privée.
"Il n'a pas demandé l'asile et aucun asile ne lui a été accordé. Singapour n'accepte généralement pas les demandes d'asile", a précisé le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.
Selon des sources proches de la sécurité sri-lankaise, M. Rajapaksa chercherait à rester quelques temps à Singapour avant de rejoindre les Emirats arabes unis.
R.J.Fidalgo--PC