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Washington fait monter d'un cran la crise avec le Venezuela
La saisie spectaculaire par les forces américaines d'un pétrolier au large des côtes vénézuéliennes marque un renforcement majeur de la pression des Etats-Unis sur Caracas et son dirigeant Nicolas Maduro, qui a reçu le soutien jeudi de Moscou.
Lors d'un échange téléphonique avec M. Maduro, le président russe Vladimir Poutine lui "a exprimé sa solidarité" et "confirmé son soutien" à sa politique "visant à protéger ses intérêts nationaux et sa souveraineté dans un contexte de pressions extérieures croissantes", a indiqué le Kremlin dans un communiqué, sans faire directement mention des Etats-Unis.
Washington a déployé un important dispositif militaire dans les Caraïbes depuis cet été, et mené une série de frappes visant des embarcations suspectées de narcotrafic en provenance du Venezuela.
Mais c'est la première fois que le président Donald Trump ordonne la saisie d'un pétrolier, visant à priver Caracas de sa principale source de revenus.
Le gouvernement vénézuélien a dénoncé "un acte de piraterie internationale". Son allié cubain lui a exprimé "son soutien absolu".
Devant une commission parlementaire, la ministre à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a déclaré jeudi que la saisie visait le "régime" de Nicolas Maduro, que Washington accuse d'être à la tête d'un vaste réseau de trafic de drogue.
"Il s'agissait d'une opération réussie dirigée par le président afin de s'assurer que nous ripostions contre un régime qui inonde systématiquement notre pays de drogues mortelles", a affirmé Mme Noem.
- "Ingérence illégale" -
De son côté, Nicolas Maduro dément vertement ces accusations et estime que l'administration Trump cherche à le renverser. Il a "exigé" mercredi "la fin de l'ingérence illégale et brutale" des Etats-Unis.
Selon les experts, le Venezuela n'est pas la principale source des drogues entrant aux Etats-Unis.
La ministre américaine de la Justice, Pam Bondi, avait publié la veille sur son compte X une vidéo de 45 secondes montrant l'assaut de soldats américains armés débarquant sur le pont d'un navire depuis un hélicoptère.
L'opération a été menée par les garde-côtes américains dans le cadre des sanctions unilatérales imposées par les Etats-Unis.
Selon des responsables américains, le navire saisi transportait du pétrole en provenance du Venezuela et de l'Iran.
Baptisé Skipper, il transportait 1,1 million de barils de pétrole brut soumis à des sanctions, selon le site internet spécialisé MarineTraffic. Il a été sanctionné par le Trésor américain en 2022 pour des liens présumés avec le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien et le Hezbollah.
Selon le Washington Post, le pétrolier était en route pour Cuba afin d'y livrer du pétrole.
Le pétrolier semble avoir dissimulé sa position pendant plusieurs semaines en novembre, selon l'analyse par l'AFP de données de navigation et d'imagerie satellitaire, et le site spécialisé TankerTrackers.
- "Changement de régime" -
Le bateau naviguait jeudi à 10H00 GMT dans les Caraïbes, à environ 60 kilomètres au large de Saint-Vincent-et-Grenadines, dans les eaux internationales, selon les données de VesselFinder et de Bloomberg. Il faisait route vers le nord depuis mercredi soir.
Entre lundi et mercredi, le bateau n'a émis aucun signal, avant d'être localisé à nouveau mercredi, quelques heures avant son arraisonnement par les Américains.
Mais l'épisode fait craindre une escalade, alors que le président Trump a aussi menacé de mener des opérations au sol contre le Venezuela.
"On se penche dessus. Je ne sais pas si nous pouvons ou devons conserver le pétrole, cela ne semble probablement pas être quelque chose que nous pourrions ou devrions faire", a déclaré à des journalistes le sénateur démocrate Mark Kelly, s'interrogeant sur la légalité de l'opération.
"S'il s'agit d'un changement de régime, cela n'a jamais bien fonctionné pour nous", a-t-il ajouté, citant des ingérences américaines par le passé du Vietnam à l'Irak, en passant par Cuba.
"Inquiet" de ces nouvelles tensions, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a appelé à éviter toute action pouvant "déstabiliser le Venezuela et la région", a fait savoir un de ses porte-parole jeudi.
E.Paulino--PC