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Les Birmans ont voté pour des élections contestées
La première phase des élections législatives organisées par la junte birmane, largement restreintes et critiquées à l'international, s'est achevée dimanche, près de cinq ans après un coup d’État militaire qui a plongé le pays dans une guerre civile.
L'élection est "libre et équitable", a assuré le chef de la junte, Min Aung Hlaing, après avoir voté de bonne heure dans la capitale administrative, Naypyidaw. "Elle est organisée par l'armée, nous ne pouvons pas laisser ternir notre nom."
L'ancienne dirigeante et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi est pourtant toujours emprisonnée et son parti a été dissous après le coup d’État de février 2021, qui a refermé la parenthèse démocratique dans le pays.
De nombreux pays occidentaux et défenseurs des droits humains ont condamné ce scrutin, échelonné sur un mois, dénonçant notamment la répression de tout semblant d'opposition.
Le Parti de l'union, de la solidarité et du développement (USDP), favorable aux militaires, devrait arriver largement en tête, ce que les critiques considèrent comme un moyen détourné de pérenniser le régime militaire.
- "De mon plein gré" -
Peuplée d'environ 50 millions d'habitants, la Birmanie est déchirée par une guerre civile et les élections ne se tiennent pas dans les larges zones tenues par les rebelles.
"Cette élection ne changera pas la situation politique du pays", a estimé Hman Thit, 23 ans, depuis l'une de ces zones, dans l'État Shan. "Les frappes aériennes et les atrocités continueront".
La première des trois phases du scrutin a tout de même débuté dimanche à 06H00 (23H30 GMT samedi), notamment à Rangoun, Mandalay et Naypyidaw, des villes aux mains du pouvoir.
Elle s'est refermée dix heures plus tard et le décompte des votes a immédiatement démarré.
"L'élection est très importante et apportera le meilleur au pays", a dit à l'AFP Bo Saw, le premier électeur à se présenter à l'aube dans un bureau du quartier de Kamayut à Rangoun, près de la maison d'Aung San Suu Kyi.
Dans le canton de Zabuthiri, près de la capitale, Thida Hlaing, une femme au foyer de 56 ans, a fait la queue en matinée avec trois membres de sa famille pour "accomplir (son) devoir" de citoyenne.
"Je suis venue de mon plein gré", a-t-elle racontée, fière de montrer son auriculaire taché d'encre, avec lequel elle a apposé son empreinte au moment de voter. "Ce que je veux, c'est un pays pacifique et stable".
- Prison -
L'armée dirige la Birmanie depuis son indépendance en 1948, en dehors d'un interlude démocratique entre 2011 et 2021, qui avait suscité une vague de réformes et d'optimisme pour l'avenir du pays d'Asie du Sud-Est.
Mais quand la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d'Aung San Suu Kyi a largement devancé les candidats proches des militaires aux élections de 2020, le général Min Aung Hlaing s'est emparé du pouvoir, invoquant une fraude électorale généralisée.
Âgée de 80 ans, Aung San Suu Kyi purge une peine de 27 ans de prison pour plusieurs condamnations allant de la corruption à la violation de règles anti-Covid.
"Je ne pense pas qu'elle considérerait ces élections comme significatives, pas du tout", a déclaré son fils, Kim Aris, depuis la Grande-Bretagne.
Selon le Réseau asiatique pour des élections libres, 90% des sièges avaient été remportés en 2020 par des partis qui ne figurent pas cette fois sur les bulletins après avoir été dissous par l'armée.
La deuxième phase du scrutin doit avoir lieu dans deux semaines, avant une troisième et dernière le 25 janvier.
A.P.Maia--PC