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En Finlande, les doutes affleurent après le contrat de fourniture de brise-glaces aux Etats-Unis
La Finlande s'apprête à fournir aux États-Unis une nouvelle flotte de brise-glaces mais les intentions de Donald Trump concernant le Groenland et les relations tendues entre les Etats-Unis et l'Union européenne jettent le trouble sur l'opportunité de tels contrats.
La neige tourbillonne en ce froid matin de janvier autour du brise-glace finlandais "Urho", vieux de 51 ans et long de 105 mètres, qui s'apprête à quitter Helsinki pour parcourir la mer Baltique.
Quatre des huit brise-glaces finlandais sont déjà à l'œuvre dans la baie de Botnie, dans le nord de la mer Baltique, afin de maintenir ouvertes les voies de transport maritime, explique à l'AFP Jukka Viitanen, le directeur du développement durable et de la communication de la société publique Arctia, qui gère les brise-glaces finlandais.
L'expertise de la Finlande en la matière s'explique par le fait qu'elle est "le seul pays dans le monde" où tous les ports peuvent geler en hiver et par sa dépendance au commerce maritime, rappelle M. Viitanen.
"Nous devons exporter et importer des marchandises pour pouvoir maintenir le niveau de vie du pays, c'est pourquoi nous avons besoin de brise-glaces", dit-il.
Selon Arctia, 60% des brise-glaces dans le monde ont été construits dans les chantiers navals finlandais et 80% de ces navires actuellement en service ont été conçus par des entreprises finlandaises.
L'Arctique ayant gagné en importance stratégique en raison du réchauffement climatique, qui ouvre de nouvelles routes maritimes et l'accès à des ressources naturelles inexploitées, de nombreux pays cherchent à acquérir des brise-glaces.
En octobre, les Etats-Unis ont annoncé l'achat de 11 brise-glaces à la Finlande pour la garde côtière américaine, qui ne dispose actuellement que de trois de ces navires, des bâtiments vieillissants.
"Il n'est pas possible de naviguer en mer Arctique sans brise-glaces et de nombreux grands pays s'intéressent actuellement à l'Arctique", relève M. Viitanen.
- Coup de pouce -
Cette commande américaine, d'un montant évalué à 6,1 milliards de dollars, selon les médias, est un coup de pouce bienvenu pour l'économie finlandaise, où le chômage atteint un niveau record.
Mais la volonté du président américain d'acquérir le Groenland soulève "de plus en plus" de questions autour de cet accord, dit à l'AFP Sanna Kopra, professeure de géopolitique et de sécurité arctiques à l'université de Laponie.
La menace de Donald Trump de s'emparer de cette île arctique par la force a déclenché en janvier la plus grave crise de l'histoire de l'Otan depuis sa création en 1949. Il y a finalement renoncé et a entamé des pourparlers avec Copenhague et Nuuk.
"Mais si Trump change d'avis sur la prise de contrôle du Groenland et si la politique des Etats-Unis devient de plus en plus impérialiste, cela soulève des questions sur la sagesse de poursuivre dans cette voie", a déclaré Mme Kopra.
En cas de nouveau durcissement du discours du président américain, "la question de l'annulation de ces accords pourrait devenir un enjeu politique très important", ajoute-t-elle.
Charly Salonius-Pasternak, un expert en géopolitique à la tête du centre de réflexion Nordic West Office, doute que les menaces de Trump aient un impact sur la coopération entre la Finlande et les Etats-Unis en matière de brise-glaces.
"Certains estiment que l'acquisition des brise-glaces devrait être affectée. Ces personnes ont-elles une influence dans ce domaine ? Non", estime-t-il. Les brise-glaces ne seront pas "utilisés dans la crise actuelle" car "ils n'ont même pas encore été construits".
- Chantier en centre-ville -
L'expert reconnaît cependant que "la saga du Groenland" n'est pas terminée, notant que Donald Trump a changé d'avis entre décembre et janvier sur une intervention au Venezuela.
En décembre, le chantier naval finlandais Rauma a confirmé avoir signé un contrat avec les garde-côtes américains pour la construction de deux brise-glaces, qui seront achevés en 2028.
Situé sur le front de mer dans le centre-ville de la capitale finlandaise, le chantier naval d'Helsinki, propriété de la société canadienne Davie, table lui aussi sur une commande pour la construction de deux brise-glaces "Arctic Security Cutter", a dit son directeur général Kim Salmi à l'AFP.
Environ la moitié des brise-glaces en service dans le monde ont été construits dans le chantier naval d'Helsinki.
"Le premier brise-glace américain sera livré dans les 26 mois qui suivront" la commande, dit-il.
A.Motta--PC