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Bangladesh: l'islamiste Shafiqur Rahman à l'assaut du pouvoir
Après trois échecs successifs, il veut croire que cette année sera la bonne. A 67 ans, Shafiqur Rahman est reparti en quête d'un siège pour les législatives du 12 février au Bangladesh, sous les couleurs d'un parti islamiste en pleine renaissance depuis la révolte de l'été 2024.
A la tête d'une coalition, le Jaamat-e-Islami est considéré comme l'un des grands favoris du scrutin et pourrait, en cas de victoire, propulser ce médecin à la tête du premier gouvernement islamiste de l'histoire du pays.
Le Dr Rahman a connu la clandestinité et la prison - il a passé quinze mois derrière les barreaux - sous le règne (2009-2024) de l'ex-Première ministre Sheikh Hasina, qui avait déclaré le Jamaat hors-la-loi et fait condamner à mort et exécuté plusieurs de ses dirigeants.
Depuis la chute de la "bégum de fer" en août 2024 après plusieurs semaines d'émeutes meurtrières, le Jaamat-e-Islami a retrouvé la légalité et la lumière.
Longue barbe blanche et vêtements de la même couleur, Shafiqur Rahman tient depuis son entrée en campagne des propos modérés, convaincu que le climat politique n'a jamais été aussi favorable à ses idées.
"Je me bats pour le renouveau moral de la société", répète-t-il dans ses discours, "la bonne gouvernance est la base de la stabilité, de la paix et la prospérité".
S'il devient Premier ministre, il a promis de respecter l'Etat de droit et de protéger les minorités religieuses, qui représentent 10% de la population. Même ton conciliant en matière diplomatique, où il promet une approche "équilibrée" entre les deux géants de la région, la Chine et l'Inde.
- "Inclusif et ouvert" -
Né en 1958 dans une famille en vue du district de Moulvibazar (nord-est), Shafiqur Rahman est, selon le Jaamat, entré en politique sous les couleurs d'un parti d'extrême gauche, le Jatiya Samajtantrik Dal (JSD)... qui dit ne pas avoir gardé de trace de son passage.
C'est en 1977 qu'il rejoint la branche étudiante du Jamaat-e-Islami, une fois levée l'interdiction du parti qui avait soutenu le Pakistan pendant la guerre qui a abouti à la partition et à l'indépendance du Bangladesh en 1971.
Il n'a plus quitté le mouvement depuis.
A trois reprises - lors des élections de 1996, 2001 et 2018 - il a échoué à décrocher un siège au Parlement. Ce qui ne l'a pas empêché d'être élu deux fois chef du parti.
Rédacteur en chef du journal conservateur Naya Diganta, Salahuddin Muhammad Babar attribue à Shafiqur Rahman une large part du renouveau de son parti. "Il est inclusif et ouvert, deux grandes qualités", juge-t-il.
L'essentiel de ses prises de parole est de la même veine, y compris sur les sujets les plus sensibles.
Sur l'attitude des islamistes pendant la guerre de 1971, par exemple. "Si des erreurs ou des crimes sont établis, je demanderai personnellement le pardon de la nation", a-t-il affirmé au quotidien Daily Star.
- Place des femmes -
Sa prudence ne l'a toutefois pas empêché de trébucher plusieurs fois sur la question sensible de la place des femmes dans la société bangladaise.
En janvier, des centaines d'entre elles ont défilé balai en main dans la capitale Dacca pour le "déblayer", après un de ses messages sur les réseaux sociaux où il jugeait que "pousser les femmes hors de leur foyer au nom de la modernité" relevait d'une "forme de prostitution".
Le chef du Jamaat-e-Islami s'est défendu en affirmant que son compte avait été "piraté" et a effacé le message, avant de multiplier les propos rassurants sur les femmes.
Ses adversaires lui ont aussi rappelé que son parti avait participé à des campagnes contre les footballeuses ou le recrutement de professeurs de danse dans les écoles.
"Vous devez clarifier votre position sur celles qui refusent d'être dirigées par les hommes ou qui appartiennent à d'autres religions", lui a lancé Tajnuba Jabin, avant de claquer la porte du Parti national des citoyens (NCP) membre de la coalition dirigée par le Jamaat.
Marié à une médecin, Shafiqur Rahman est père de deux filles, également docteures.
J.Oliveira--PC