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Royaume-Uni: victoire en justice d'un groupe propalestinien classé terroriste
La justice britannique a infligé vendredi un revers au gouvernement de Keir Starmer en jugeant "disproportionnée" l'interdiction du groupe propalestinien Palestine Action, classé "terroriste" en 2025, une décision qui pourrait remettre en cause les inculpations de centaines de ses partisans.
La ministre de l'Intérieur Shabana Mahmood a immédiatement annoncé son intention de faire appel, estimant nécessaire de "conserver la capacité d'agir pour protéger la sécurité nationale".
La décision d'interdire ce groupe et de le classer terroriste, prise en juillet dernier, "s'est traduite par une atteinte très substantielle aux droits à la liberté d'expression et à la réunion", a estimé la juge Victoria Sharp de la Haute Cour de Londres.
"Nous proposons de rendre une ordonnance annulant la décision de la ministre de l'Intérieur d'interdire Palestine Action", a-t-elle poursuivi, faisant état d'erreurs "importantes" dans l'argumentation du gouvernement.
La juge a cependant souligné que l'interdiction du mouvement restait en vigueur jusqu'à nouvel ordre, et fixé au 20 février une nouvelle audience lors de laquelle le gouvernement pourra soumettre de nouveaux arguments.
- Explosion de joie -
A l'annonce de la décision, des dizaines de partisans de Palestine Action réunis devant le tribunal de Westminster, certains arborant des drapeaux palestiniens, ont explosé de joie, se serrant dans les bras.
"NOUS AVONS GAGNE", s'est réjouie sur X Huda Ammori, la cofondatrice du groupe à l'origine de ce recours.
"Je suis aux anges (...) Je m'attendais à ce que cela ne tourne pas en notre faveur", a réagi devant le tribunal Niall Pemberton, programmeur informatique à la retraite, interpellé à quatre reprises lors de manifestations de soutien à Palestine Action.
La décision a aussi été saluée par des organisations de défense des droits humains, dont Human Rights Watch et Amnesty International.
Ce jugement est un nouveau revers pour le gouvernement travailliste de Keir Starmer, déjà très impopulaire.
L'exécutif avait classé Palestine Action comme "terroriste" - au même titre qu'Al-Qaïda, le Hezbollah ou l'Armée républicaine irlandaise (IRA) - peu après une intrusion et des actes de vandalisme de militants sur une base de l'armée de l'air britannique. Le gouvernement y avait vu une atteinte à la sécurité nationale.
Cette interdiction avait été jugée "disproportionnée" par l'ONU et dénoncée par des personnalités comme le cinéaste britannique Ken Loach ou la romancière irlandaise Sally Rooney.
les juges n'ont cependant pas donné raison au groupe sur tous les plans.
"Les moyens et méthodes préconisés par Palestine Action sont incompatibles avec les caractéristiques de la désobéissance civile", a souligné la juge Sharp, ajoutant que le groupe "promeut sa cause politique par la criminalité et l'incitation à la criminalité".
Le Conseil des représentants des juifs britanniques s'est dit "profondément préoccupé" par cette décision de justice, jugeant l'impact des activités de Palestine action "considérable et profondément perturbant" pour la communauté juive au Royaume-Uni.
- Plus de 2.700 arrestations -
Plus de 2.700 personnes ont été arrêtées - dont la militant suédoise Greta Thunberg en décembre - et des centaines d'autres ont été inculpées depuis juillet lors des nombreuse manifestations de soutien au groupe, selon l'association Defend Our Juries qui les organise.
Depuis l'interdiction, toute expression de soutien à Palestine Action était passible de peines allant jusqu'à six mois de prison, tandis que l'appartenance au groupe ou l'organisation d'évènements de soutien pouvait entraîner jusqu'à 14 ans d'emprisonnement.
En attendant l'issue de l'appel du gouvernement, la police de Londres a souligné vendredi que vu la "situation inhabituelle", elle n'arrêterait plus les personnes manifestant leur soutien à Palestine Action, mais conserverait d'éventuelles preuves.
Plusieurs militants interpellés et incarcérés en attendant un procès avaient entrepris des grèves de la faim en novembre, certains allant jusqu'à 73 jours de grève - seuil critique pour rester vivant.
Créé en 2020, Palestine Action se présentait comme un "mouvement d'action directe engagé à mettre fin au soutien mondial au régime génocidaire et d'apartheid d'Israël".
Le mouvement a gagné en visibilité après le début de l'offensive israélienne dans la bande de Gaza, provoquée par l'attaque de grande ampleur du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023. La guerre de représailles d'Israël a fait des dizaines de milliers de morts et lui vaut des accusations de "génocide" envers les Palestiniens à travers le monde.
Dans un documentaire diffusé en début de semaine, Huda Ammori balayait toute accusation d'antisémitisme, soulignant que Palestine Action avait ciblé des entreprises pour leurs connections avec l'industrie d'armement israélienne, quelle que soit l'identité de leurs propriétaires.
P.Sousa--PC