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Les Européens tâtonnent sur le futur de leur parapluie nucléaire
Inquiets des menaces russes et de l'avenir de la protection américaine, certains dirigeants européens tâtonnent et réfléchissent à la couleur du parapluie nucléaire qui abritera le vieux continent.
"J'ai entamé des discussions confidentielles avec le président français au sujet de la dissuasion nucléaire européenne", a déclaré vendredi à la conférence de Munich sur la sécurité (MSC) le chancelier allemand Friedrich Merz.
Ce débat monte en puissance parmi les dirigeants et spécialistes européens du nucléaire à mesure que la double incertitude augmente.
Les Européens sont pris entre deux feux: d'abord l'agressivité de la Russie, qui mène en Ukraine une guerre protégée par l'ombre portée de son arsenal nucléaire. De nombreux responsables européens se disent convaincus que Moscou tentera ensuite de s'attaquer d'une manière ou d'une autre à d'autres territoires européens.
Et d'autre part, les Européens s'interrogent sur la solidité du soutien américain sur le long terme, alors que les Etats-Unis les ont mis sous pression pour qu'ils dépensent plus pour leur défense et que l'administration Trump semble privilégier une approche transactionnelle des relations internationales.
"Attention au déficit de dissuasion", mettent un garde dans un rapport publié pour la MSC 11 experts de plusieurs pays, évaluant "les options nucléaires de l'Europe".
- Cadre Otan -
Ils ont cinq scénarios et "aucun n'est le bon", préviennent-ils. "Il n’existe pas de solution miracle en matière de dissuasion, pas de moyen peu coûteux ou sans risque".
"Les Européens ne peuvent plus déléguer leur réflexion sur la dissuasion nucléaire aux États-Unis. L'époque de la complaisance stratégique est terminée pour l'Europe. Aussi dur que ce soit, le nouvel environnement sécuritaire exige des décideurs européens qu'ils abordent de front et sans délai le rôle des armes nucléaires dans la défense du continent et qu'ils investissent les ressources nécessaires", mettent-t-ils en garde.
Les cinq options sont: continuer de miser sur la dissuasion américaine, renforcer le rôle des armes nucléaires britanniques et françaises dans une dissuasion européenne, développer en commun une dissuasion européenne, multiplier les dissuasions nationales européennes, et développer une dissuasion européenne strictement conventionnelle.
La voie du statu quo est forte sur un continent qui s'est complaisamment abrité pendant des décennies sous l'aile protectrice de son allié américain, et où seuls deux pays, la France et le Royaume-Uni, disposent d'un arsenal atomique, sans commune mesure avec celui de Washington.
"Nous avons déjà la dissuasion nucléaire dans le cadre de l'Otan, ce que nous avons maintenant est solide", dit à l'AFP le ministre estonien des Affaires étrangères, Margus Tsahkna, dans les couloirs de la MSC.
Paris et Londres ont déjà entamé un "renforcement de leur coopération nucléaire", a rappelé devant le MSC le Premier ministre britannique Keir Starmer.
L'option de la montée en puissance de ces deux pays est prudemment louée, et n'est pas envisagée comme extérieure au cadre otanien.
"Pour nous, l'Otan est un cadre qui fonctionne, qui a une planification, des capacités, des doctrines", ajoute M. Tsahkna.
La ligne est la même pour M. Merz: une dissuasion européenne ne se conçoit que dans le cadre de l'Otan. "Nous ne laisserons pas apparaître en Europe des zones de sécurité différentes", a-t-il dit.
- Discours de Macron -
Les écarts de capacité entre les Etats-Unis et l'arsenal franco-britannique sont tels que personne n'envisage que les Européens puissent assumer à court terme leur dissuasion.
"Si vous parlez de compenser la dissuasion nucléaire américaine, ce n'est pas réaliste à ce stade", a déclaré récemment à l'AFP le ministre finlandais de la Défense Antti Häkkänen.
Quoi qu'il en soit, "ce débat est en train de sortir du cercle des experts pour entrer dans la sphère politique", explique la chercheuse française Héloïse Fayet, de l'Ifri, qui a participé à la rédaction du rapport du MSC. "C'est très positif, mais maintenant, il faut des actes".
C'est dans ce panorama qu'Emmanuel Macron doit prononcer fin février un important discours sur la doctrine française. A Munich, il a expliqué envisager d'"articuler" la "doctrine nationale, qui est garantie et contrôlée par la Constitution, avec des coopérations spéciales, des exercices communs, et des intérêts de sécurité communs avec certains pays-clés".
"Ce discours a généré des attentes énormes en Europe" prévient Mme Fayet.
"Le président Macron prononcera un discours important", abonde l'américaine Rose Gottemoeller, ancienne secrétaire générale adjointe de l'Otan et négociatrice en chef du traité de désarmement New Start en 2010.
"Il apportera des éclaircissements sur la façon dont le président français envisage les choses", parce que, rappelle-t-elle, "ce sont les plus hauts dirigeants, le Premier ministre au Royaume-Uni, le président des États-Unis (et le président français, ndlr) — qui, au final, sont responsables des décisions nucléaires".
R.J.Fidalgo--PC