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Amnistie: les autorités vantent un Venezuela "plus juste", les concernés s'impatientent
Le pouvoir vénézuélien a affirmé vendredi que la loi d'amnistie devant permettre la libération de centaines de prisonniers politiques contribue à la construction d'un "Venezuela plus juste" mais les experts avertissent qu'elle exclut de nombreux détenus et les proches de personnes captives s'impatientent.
Cette loi, votée par les députés et promulguée jeudi, avait été promise sous la pression des Etats-Unis par la présidente par intérim Delcy Rodriguez qui a pris les rênes du pouvoir après la capture du président Nicolas Maduro au cours d'une opération militaire américaine le 3 janvier.
Plusieurs experts mettent néanmoins en doute sa portée: des centaines de détenus, tels que des policiers et des militaires impliqués dans des activités qualifiées de "terroristes", pourraient en être exclus.
La mesure ne couvre pas entièrement la période 1999-2026, celle des présidences de feu Hugo Chavez (1999-2013) et de son successeur Nicolas Maduro, la loi faisant référence à 13 périodes précises.
"Nous sommes nombreux à savoir que la loi d'amnistie ne concerne pas nos proches", témoigne auprès de l'AFP Hiowanka Avila, 39 ans. Son frère Henryberth Rivas, 30 ans, a été arrêté en 2018, accusé d'avoir participé à une tentative d'assassinat de Nicolas Maduro.
"Il ne nous reste qu'à attendre une autre mesure, une grâce peut-être", déplore-t-elle devant la prison Rodeo 1, à une quarantaine de kilomètres de Caracas, où de nombreux détenus sont des militaires ou des policiers.
D'après l'ONG Foro Penal, 448 prisonniers politiques sont sortis de cellule depuis l'annonce de libérations conditionnelles par le gouvernement intérimaire début janvier mais près de 650 autres croupissent toujours en prison.
- "Des actes" -
"Aujourd'hui, nous construisons un Venezuela plus démocratique, plus juste, plus libre, et cela doit se faire avec l'effort de tous", a affirmé lors d'un discours à la télévision Mme Rodriguez. "Les pas que nous sommes en train de franchir, nous les franchissons avec une conscience bolivarienne (du héros de l’indépendance Simon Bolivar) (...) Nous tendons la main à ceux qui pensent différemment".
Cette loi est "un signal de maturité et de force politique, qui constitue une étape décisive pour la stabilité de la nation", a quant à lui estimé le ministre de la Défense, Vladimir Padrino, dans un communiqué.
Elle fait partie de la dizaine de femmes qui avaient entamé à cet endroit une grève de la faim le 14 février, une action qu'elle a cessée juste après l'adoption de l'amnistie jeudi soir.
Vendredi, le directeur de Foro Penal, Alfredo Romero, a relevé en conférence de presse que l'amnistie n'était "pas automatique", critiquant la procédure à suivre en justice pour pouvoir en bénéficier.
"Le bilan de la loi est négatif" parce qu'elle laisse beaucoup de gens de côté, juge Ali Daniels, le directeur de l'ONG Acceso a la Justicia, qui met en exergue de "graves déficiences structurelles".
- "Liberté pleine et entière" -
L'opposant Juan Pablo Guanipa, libéré le 8 février après neuf mois de détention pour "conspiration" puis à nouveau arrêté quelques heures plus tard, a annoncé vendredi être complètement libre, son assignation à résidence n'étant plus en vigueur.
"Nous allons tous nous battre pour que ce qui vient de commencer devienne une réalité et que nous ayons la démocratie, la liberté pour tous et à égalité!", a lancé cette allié de la cheffe de l'opposition et Nobel de la paix Maria Corina Machado, devant ses sympathisants réunis à Maracaibo, la deuxième ville du pays, réclamant des élections.
D'Espagne, où il est en exil, Edmundo Gonzalez Urrutia, le candidat de l'opposition qui revendique la victoire à la présidentielle de 2024, a estimé qu'il n'y aurait "pas de réconciliation durable sans mémoire et sans responsabilité".
Delcy Rodriguez, qui gouverne sous pression américaine, avait promis un amnistie ainsi qu'une réforme judiciaire le 30 janvier. Elle a fait adopter par la voie expresse une nouvelle loi sur le pétrole ouvrant le secteur au privé et a amorcé une normalisation des relations avec les États-Unis, rompues depuis 2019.
Saluant l'amnistie, Madrid a indiqué qu'elle comptait demander à l'Union européenne de lever les sanctions pesant sur la présidente vénézuélienne par intérim.
C.Amaral--PC