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Ouganda: au tribunal mardi, l'ombre du fils de Museveni, qui accroit son emprise sur le pays
La justice ougandaise examine mardi plusieurs affaires portant l'empreinte de l'autorité grandissante du chef de l'armée, Muhoozi Kainerugaba, fils du chef de l'Etat, lequel reste silencieux face aux récents oukases de celui qui se présente ouvertement comme son héritier et dauphin.
Deux critiques du régime se retrouvent à nouveau devant la justice.
Le procès pour trahison d'un opposant au président Yoweri Museveni, Kizza Besigye, reprend à Kampala. Il est emprisonné en Ouganda après avoir été enlevé au Kenya en 2024 et accusé d'avoir comploté "pour renverser par les armes le gouvernement" ougandais.
Au même moment, l'avocat de M. Besigye, Erias Lukwago, qui a déposé plainte pour cet enlèvement contre le chef de l'armée - et d'autres gradés - comparaît lui, pour une audience de procédure, devant une autre cour qui l'a récemment inculpé de "non-dénonciation de trahison", l'accusant d'avoir été au courant du complot reproché à son client.
Muhoozi Kainerugaba s'est vanté sur X d'avoir fait "capturer" Me Lukwago, le 15 juin, par des militaires et de l'avoir gardé "dans des sous-sols", se réjouissant à l'avance des "souffrances" qu'il allait lui infliger. Ce jour-là, M. Lukwago devait justement remettre au chef de l'armée la plainte le visant. Hasard du calendrier, cette plainte sera également examinée mardi.
Il a également visé des groupes de défense des droits de l'Homme, dont l'un Agora est convoqué mardi par la police.
Ce weekend, Muhoozi Kainerugaba s'est félicité d'avoir fait fermer des journaux, radios et chaîne de télévision ougandais d'un groupe de presse indépendant, dont les bureaux étaient bouclés par des militaires.
- "Ambivalence"
"En Ouganda, je ne crois PAS à la liberté de la presse !" a écrit Muhoozi Kainerugaba, aucun de ces médias "ne rouvriront sans ma permission", a-t-il ajouté, assurant que ces fermetures avaient reçu l'aval de son père.
Dans cette avalanche quotidienne de tweets devenus sa marque de fabrique - souvent incendiaires, parfois lunaires, alternant menaces physiques contre des opposants, obsession pour la chanteuse Beyonce et autocélébration - "Muhoozi", 52 ans, a plusieurs fois affirmé qu'il succéderait à son père, Yoweri Museveni, 81 ans et au pouvoir depuis 40 ans.
Si en 2022, M. Museveni avait sommé son fils de cesser de tweeter sur les affaires du pays après qu'il eut menacé d'envahir le Kenya voisin, son silence ces dernières semaines laisse penser aux analystes que le général Kainerugaba n'a désormais plus de garde-fou.
On a longtemps considéré ses menaces "comme des blagues", explique Gerald Walulya, professeur de journalisme à l'Université de Makerere à Kampala, "mais pour la première fois, on le voit capable de montrer du pouvoir sans aucune forme de modération de la part de son père".
"Le plus dérangeant c'est le silence de Museveni face aux actions" potentiellement dommageables de son fils, mais aussi "l'ambivalence du fils, qui apparaît comme agissant de son propre chef tout en affirmant travailler sous les ordres de son père", note Yusuf Serunkuma, chercheur ougandais en sciences politiques.
Cela fait longtemps que les observateurs estiment que M. Museveni, sans jamais le reconnaître, prépare son fils, diplômé de l'école britannique d'officiers de Sandhurst, à lui succéder. Il l'a nommé à la tête de l'armée en 2024, deux ans après l'avoir promu au plus haut grade.
- "cultiver la peur"
"Ougandais, m'aimez-vous? Voteriez-vous pour moi?", demandait en juin dans un de ses tweets celui qui a désormais son propre parti politique, la Ligue patriotique d'Ouganda (PLU) et qui avait un temps affirmé qu'il se présenterait à la présidentielle de début 2026. Avant de renoncer et de laisser son père remporter un 7e mandat.
"Depuis la dernière élection (...) ce n'est pas le vainqueur qui exerce le pouvoir, alors que le fils" prend toutes sortes de décision, estime Gerald Walulya. Que Museveni "soit silencieux est surprenant, ce qui peut être interprété comme un signe d'approbation".
Malgré ses 1,3 million d'abonnés sur X, la popularité réelle de Muhoozi en Ouganda, pays où la liberté d'expression est toute relative, est inconnue et M. Walulya craint que l'espace de liberté des Ougandais se rétrécisse encore plus sous la direction du chef de l'armée.
D'autant que le principal opposant ougandais, le populaire ex-chanteur Bobi Wine a quitté le pays après la présidentielle de janvier, Muhoozi l'ayant menacé de mort.
"Je ne sais pas si montrer de la force et cultiver la peur fait partie d'une stratégie de Muhoozi ou si cela lui vient naturellement car c'est la seule chose qu'il connaît en tant que soldat", s'interroge Yusuf Serunkuma. Qui estime qu'il devrait plutôt s'inspirer de son père qui a su créer une proximité avec les Ougandais et les partenaires étrangers.
P.Sousa--PC