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Surprise ou tristesse : les familles de prisonniers politiques déçues par l'amnistie au Venezuela
Un groupe de femmes vénézuéliennes monte sur une une colline et hurle en direction de la prison pour que leurs cris franchissent les murs : "Rodeo 1 résiste, ta famille insiste !", et un brouhaha leur répond.
Rodeo 1 est une prison à une quarantaine de kilomètres de Caracas, où sont détenus quelque 120 prisonniers politiques.
La scène se passe jeudi soir, après la promulgation par la présidente par intérim Delcy Rodriguez de la loi d'amnistie devant conduire à la libération de centaines de détenus, et avant l'annonce dans la nuit de vendredi à samedi de 379 libérations à venir.
Une cinquantaine de femmes campent devant la prison depuis le 8 janvier et la promesse par les autorités de libération massive des prisonniers politiques après la capture de Nicolas Maduro par les Américains. Certaines dorment dans des tentes, d'autres à l'air libre sur des matelas disposés sous les auvents de maisons et commerces avoisinants.
Maryoling González, 43 ans, exhibe une grande photo de son mari, le capitaine Ebro Delgado, père de 3 enfants incarcéré depuis juillet 2022 et condamné à 30 ans de prison dans le cadre d'accusations de sabotage d'une raffinerie.
"Pour moi, (l'amnistie) a été très décevante, puisque énormément de cas sont exclus", dit Mme González à l'AFP. "Ce sont eux les véritables prisonniers politiques : ils ont été victimes de crimes contre l'humanité, de violations de tous leurs droits fondamentaux et procéduraux".
- "Dans la rue" -
"Il ne nous reste plus qu'à nous accrocher à Dieu, qui est le seul à pouvoir nous aider à sortir de cette situation", ajoute-t-elle, dépitée.
Même son de cloche pour Hiowanka Avila, 39 ans. Son frère Henryberth Rivas est un civil accusé d'avoir participé à un attentat au drone contre M. Maduro en 2018.
"Beaucoup d'entre nous savent très bien que la loi d'amnistie ne couvre pas nos proches. Ici, pour certains, ç'a été une surprise, pour d'autres, une tristesse. Je ne sais pas pourquoi, (les autorités) n'ont pas rendu la loi plus flexible", déplore-t-elle.
"Il nous reste à attendre une autre mesure, une grâce, peut-être... Tant que notre proche sera détenu, nous serons dans la rue. Il y a beaucoup d'espoir, beaucoup de foi, une conviction et un désir d'avoir un pays différent", conclut-elle.
D'après l'ONG Foro Penal, 448 prisonniers politiques sont sortis de cellule depuis l'annonce de libérations conditionnelles par le gouvernement intérimaire début janvier, mais près de 650 autres croupissent toujours en prison.
L'ONG dénonce le fait que la période totale couverte par l'amnistie correspond en réalité à 20 mois des 27 dernières années des présidence de feu Hugo Chavez (1999-2013) et de son héritier politique Nicolas Maduro (2013-2026).
Malgré tout, le député Jorge Arreaza, qui préside la commission chargée du processus, a annoncé que la justice avait amnistiée 379 prisonniers politiques supplémentaires.
- "Des actes, pas des paroles" -
Maryoling González rappelle que Hugo Chavez, militaire, avait lui-même bénéficié de la mansuétude des autorités après sa tentative ratée de coup d'État en 1992. Une amnistie qui lui avait permis de se présenter à la présidentielle qu'il a remportée en 1998.
"Si à un moment donné certains d'entre eux ont été pardonnés par le passé alors qu'ils ont réellement participé à un coup d'État, pourquoi ces détenus ne peuvent-ils pas être pardonnés comme eux ?", s'interroge-t-elle.
A Caracas, devant la prison de la Police nationale connue sous le nom de Zone 7, d'autres proches campent depuis le 8 janvier.
Maria Escalona, 41 ans, vient de tenter en vain d'avancer sa visite prévue le lendemain à son mari incarcéré depuis septembre. Motif : c'est son anniversaire.
Elle a néanmoins pu lui faire remettre de la nourriture dans une petite boîte sur laquelle elle a écrit: "Julio Velazco, je t'aime", avec un petit cœur.
"Tant que (les proches) ne sortent pas (...) tous, nous restons ici pacifiquement", assure Narwin Gil, allongée sur un matelas devant la porte. "Nous avons besoin d'actes, pas de paroles".
O.Gaspar--PC