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Irak: Maliki, décidé à devenir Premier ministre, veut rassurer Washington
"Aucune intention de me retirer": Nouri al-Maliki, candidat au poste de Premier ministre en Irak, a déclaré lundi à l'AFP qu'il ne cèderait pas aux injonctions de Donald Trump, tout en voulant rassurer les Etats-Unis, notamment sur les groupes armés pro-iraniens.
En janvier, le président américain avait menacé de retirer tout soutien à Bagdad si M. Maliki, perçu comme proche de l'Iran voisin, revenait au pouvoir.
Déjà deux fois Premier ministre (entre 2006 et 2014), M. Maliki avait dans un premier temps bénéficié du soutien américain après l'invasion de 2003 et la chute de Saddam Hussein, mais s'était brouillé avec Washington après s'être rapproché de l'Iran. Et il avait dû quitter le pouvoir sous la pression américaine.
"Je n'ai absolument aucune intention de me retirer, par respect pour mon pays, sa souveraineté et sa volonté", a insisté Nouri al-Maliki lors d'un entretien dans son bureau à Bagdad.
- "Liens essentiels" -
"Personne n'a le droit de dire pour qui nous pouvons ou ne pouvons pas voter (...) Je ne me retirerai pas, quoi qu'il arrive", a-t-il répété, après avoir dénoncé précédemment une "ingérence flagrante" des Etats-Unis.
Cette figure de la vie politique irakienne, âgée de 75 ans, a cependant affiché lundi son attachement à une bonne relation avec Washington.
"Je pense que les liens avec les Etats-Unis sont essentiels pour le développement de l'Irak", a-t-il souligné.
Alors que l'Iran a averti de représailles contre les intérêts américains dans la région en cas de frappes américaines, M. Maliki s'est engagé à protéger les missions diplomatiques s'il accédait au pouvoir.
"Nous ne permettrons à aucune partie de cibler un pays qui maintient une présence diplomatique — comme des ambassades — en Irak", a-t-il dit. "Tous les pays peuvent être assurés du fait que nous empêcherons toute violation visant leurs ambassades ou leurs intérêts officiellement reconnus en Irak".
- "Monopole des armes" -
Toujours dans un souci de donner des gages aux Etats-Unis, il s'est dit favorable à un monopole des armes par l'Etat, une exigence américaine, jugeant "tout à fait possible" un accord en ce sens avec les factions soutenues par l'Iran.
"Nous voulons des armes entre les mains de l'Etat, nous voulons une force militaire centralisée. Nous l'avons répété à maintes reprises: nous voulons une armée sous un commandement unique et obéissant directement aux ordres de l'Etat", a-t-il affirmé.
Les Etats-Unis ont classé comme "organisations terroristes" plusieurs factions issues du Hachd al-Chaabi, un réseau d'anciens paramilitaires aujourd'hui intégrés aux troupes régulières et appartenant à ce que l'Iran appelle "l'axe de la résistance" contre Israël.
Face aux accusations américaines, le candidat a défendu les relations de l'Irak avec l'Iran, définies par "une frontière commune de 1.300 km et des intérêts partagés".
Malgré ses richesses pétrolières, l'Irak reste dépendant des importations en provenance d'Iran pour satisfaire ses besoins énergétiques. "Si l'Iran coupe notre approvisionnement en gaz naturel, ce sera une catastrophe majeure", a averti M. Maliki.
Les autorités irakiennes se livrent depuis des années à un exercice d'équilibriste entre leurs deux alliés, les Etats-Unis et l'Iran, eux-mêmes farouches ennemis.
- Soutien du bloc majoritaire -
Nouri al-Maliki avait reçu en janvier le soutien du Cadre de coordination, une alliance de factions chiites aux liens plus ou moins étroits avec l'Iran, qui détient la majorité au Parlement.
Après les avertissements de Donald Trump, il avait dit qu'il ne renoncerait que si cette coalition lui retirait son soutien.
Conformément au système de partage du pouvoir en vigueur en Irak, le poste de Premier ministre revient à un chiite, la présidence du Parlement à un sunnite et la présidence de la République, un poste largement honorifique, est attribuée à un Kurde.
Le Premier ministre doit être nommé par le président, au rôle surtout honorifique, mais les partis kurdes n'ont pas encore réussi à s'entendre sur un candidat.
Après des décennies de conflits et de chaos, l'Irak a récemment regagné en stabilité. Mais son économie, déjà fragile, pâtirait de mesures punitives des Etats-Unis.
Ferreira--PC