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Ukraine : Trump est soit "un traître", soit un dirigeant "exceptionnel", dit Lech Walesa dans un entretien avec l'AFP
Parce qu'il peut se montrer conciliant envers Vladimir Poutine, Donald Trump apparaît à certains comme un "traître" à la cause ukrainienne mais il pourrait aussi se révéler un dirigeant "exceptionnel" déterminé à éviter l'enfer nucléaire, a déclaré lundi le prix Nobel de la Paix Lech Walesa dans un entretien avec l'AFP.
"En apparence, aujourd'hui, il semble être le valet de la Russie, un traître tout simplement. C'est une façon de voir les choses", explique le co-fondateur du syndicat Solidarnosc (Solidarité) et ancien président polonais, aujourd'hui âgé de 82 ans, à la veille du quatrième anniversaire de l'invasion massive de l'Ukraine par la Russie.
Pour autant, le président américain est peut-être "un responsable politique extrêmement intelligent" qui "sait que si les Etats-Unis se joignaient au choeur antiPoutine, Poutine n'aurait plus le choix et devrait utiliser l'arme atomique".
Pourquoi ? "Parce que Poutine est irresponsable", assène-t-il. "C'est un jeu très rusé, très intelligent. Ne pas pousser Poutine à utiliser l'arme nucléaire, jouer l'ami".
Ce faisant, Donald Trump gagne du temps et force "l'Europe à s'organiser contre Poutine, sans les Etats-Unis. Parce que si les Etats-Unis entrent en jeu, c'est la guerre nucléaire", prédit celui dont les luttes pour la démocratisation de la Pologne ont contribué à faire tomber le Rideau de fer.
"Il y a donc deux façons de voir les choses", résume Lech Walesa : "traître ou homme extrêmement intelligent". "À ce jour, je ne sais toujours pas laquelle s'applique à Trump".
Dans la seconde hypothèse, celle d'un dirigeant "exceptionnel", M. Trump "mériterait" à son tour le prix Nobel de la paix, décerné à Lech Walesa en 1983.
"Mais s'il est un traître", reprend-il, "il ne le mérite pas, donc il faut attendre. Il est trop tôt pour juger".
M. Walesa dit avoir récemment rencontré aux Etats-Unis la cheffe de l'opposition vénézuélienne Maria Corina Machado, lauréate du Nobel de la Paix 2025 qui a offert à Donald Trump la médaille de son prix.
A cette occasion, "je lui ai dit qu'elle était allée trop vite en besogne", assure-t-il.
- "L'Ukraine dans l'UE" -
L'ancien électricien à la légendaire moustache reçoit dans son bureau au coeur des anciens chantiers navals de Gdansk, une cité hanséatique sur les rives de la Baltique d'où il força le régime à négocier la légalisation des syndicats et les premières élections semi-libres dans la Pologne communiste.
Il n'occupe plus de fonctions officielles depuis sa présidence (1990-1995) et n'est plus prophète en son pays. Mais il demeure une autorité morale à l'étranger où il donne de nombreuses conférences, une tribune qu'il met désormais au service de l'Ukraine.
Aux murs de son bureau, son panthéon politique et intime : un portrait du pape polonais Jean-Paul II, un crucifix, une reproduction de la Cène, un portrait du maréchal Jozef Pilsudski, le père de l'indépendance polonaise en 1918.
Et trois drapeaux : les couleurs de l'Union européenne, de la Pologne et de l'Ukraine.
"Nous devons aider l'Ukraine de toutes nos forces", lance Lech Walesa qui dit nourrir "des remords" au sujet de ce pays voisin et défend ainsi son engagement d'aujourd'hui : "A l'époque où j'étais président, j'avais une idée simple : Nous entrons (Pologne et Ukraine) ensemble dans l'Union européenne et dans l'Otan", expose-t-il.
De crainte cependant que cela ne compromette l'adhésion polonaise, il décide de garder le projet secret et de le ressortir à sa réélection. Seulement voilà : "J'ai perdu à la présidentielle et tout est tombé à l'eau. J'aurais dû agir plus tôt".
- "Ennemi extérieur" -
Conflit le plus sanglant sur le sol européen depuis la Deuxième Guerre mondiale, le conflit en Ukraine, déclenché par l'invasion russe du 24 février 2022, entre mardi dans sa cinquième année.
Russes et Ukrainiens négocient depuis 2025 une cessation des hostilités, sous l'impulsion de Donald Trump, en vain jusqu'ici.
Pur produit politique de la Guerre froide, lui qui fut un acteur de l'effondrement du monde soviétique prévient que "si la Russie conquiert l'Ukraine, nous pourrons apprendre le chinois et le russe. Les Etats-Unis perdront définitivement".
Mais il faut plus qu'une défaite de Moscou pour installer la paix : "si on parvient à vaincre la Russie, celle-ci se relèvera dans dix ans et nos petits-enfants devront à nouveau se battre contre la Russie".
Car l'"agressivité russe" plonge ses racines dans l'absence de démocratie dans un pays dont "les autorités, depuis des siècles, entretiennent l'idée qu'un ennemi extérieur menace la Russie".
"Le problème de la Russie ne réside ni dans Poutine, ni dans Staline mais dans un mauvais système politique", conclut-il.
X.Matos--PC