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Macron très attendu lundi sur la dissuasion française et l'Europe
Beaucoup d'attentes, peu de certitudes: Emmanuel Macron doit exposer lundi comment la dissuasion nucléaire française peut contribuer au renforcement de la sécurité en Europe face à la "brutalisation" croissante du monde et à un allié américain de plus en plus incertain.
Un enjeu brusquement remis en lumière par l'offensive israélo-américaine en Iran ce weekend, avec en arrière-plan la crise du nucléaire iranien, qui secoue tout le Moyen-Orient et par ricochet la communauté internationale.
Le chef de l'Etat prendra la parole à 15H15 dans le sanctuaire de la dissuasion nucléaire française, l'Île Longue, qui abrite les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) de la Force océanique stratégique, face à Brest (Finistère).
Chaque mot sera scruté de près alors que la France demeure, avec le Royaume-uni, l'une des deux seules puissances nucléaires d'Europe et que les doutes grandissent quant à l'engagement américain sur le continent.
Rien n'a filtré de ce que le président pourrait dire et qui constituera la nouvelle pierre angulaire de la doctrine française, cinq ans après son dernier discours sur le feu nucléaire, le 7 février 2020.
"Ce sera un moment important du mandat", avec "sans doute des bascules et des évolutions assez significatives", a-t-on tout au plus esquissé dans son entourage.
Avec en toile de fond une constante réaffirmée en 2020: la "dimension authentiquement européenne" des intérêts vitaux français mais aussi "l'unicité de la décision" dans l'emploi de la force.
Depuis son origine, la dissuasion française voulue par le général de Gaulle se veut complètement indépendante et repose sur l'appréciation d'un seul homme, le président, d'une menace contre les intérêts vitaux du pays.
- "Coopérations spéciales" -
Emmanuel Macron a lancé en 2025 une discussion stratégique avec ses principaux partenaires, notamment l'Allemagne et la Pologne, sur "la protection de nos alliés du continent européen" par la dissuasion française.
Le 13 février, il a suggéré à Munich des "coopérations spéciales, des exercices communs, et des intérêts de sécurité communs avec certains pays-clés".
En mai 2025, le chef de l'Etat s'était déjà dit prêt à discuter du stationnement d'avions français porteurs de la bombe atomique dans d'autres pays européens, ce qui marquerait un premier pas vers un parapluie nucléaire français à l'image du parapluie américain.
Les Etats-Unis stationnent des bombes dans cinq pays de l'Otan (Italie, Allemagne, Pays-Bas, Belgique et Turquie), dont l'emploi relève de leur seule décision.
La marge de manoeuvre du chef de l'Etat s'annonce étroite alors qu'une partie de l'opposition en France l'accuse régulièrement de vouloir brader l'arme nucléaire.
Mais la nécessité d'actualiser la doctrine s'impose aussi tout autant face à la "brutalisation du monde", aux conflits qui se multiplient et à la disparition des cadres de contrôle de la course aux armements, souligne l'Elysée.
Plusieurs bouleversements majeurs sont intervenus depuis le discours de 2020: une "Russie agressive", la montée en puissance nucléaire de la Chine et une "période propice à la prolifération", pointe la présidence française.
Les Etats-Unis, qui ont assumé pendant des décennies la protection de l'Europe tandis que les pays du Vieux Continent réduisaient leurs dépenses de défense, exigent désormais de leurs alliés qu'ils se prennent en main.
- "Pas le démolir 25 fois" -
Dans ce contexte, les pays européens manifestent un intérêt croissant pour la dissuasion française tout en restant viscéralement attachés au parapluie américain.
Le président nationaliste polonais Karol Nawrocki s'est même déclaré partisan d'un "projet nucléaire polonais", sans développer plus avant.
"Ce que les Alliés attendent, c'est une augmentation du nombre de têtes pour être plus crédible" face aux nouvelles menaces, relève Florian Galleri, spécialiste de la dissuasion française actuellement post-doctorant au Massachusetts Institute of Technology (MIT).
La France dispose de 290 têtes nucléaires, qu'elle considère comme la "stricte suffisance" pour infliger des "dommages inacceptables" à l'adversaire.
La Russie en détient 4.300, les Etats-Unis 3.700, la Chine 600 et le Royaume-uni 225, selon le centre de réflexion suédois SIPRI.
"Ca va être forcément une question (...) Le mouvement est quand même à l'augmentation des arsenaux", souligne l'amiral Bernard Rogel, ancien chef d'état-major particulier (CEMP) d'Emmanuel Macron.
"On doit avoir ce dont on a besoin pour faire peser la menace de dommages inacceptables sur l'adversaire, pas pour le démolir 25 fois. Il n'y a pas de raison qu'il y ait une augmentation spectaculaire", pointe-t-il toutefois.
Pour toutes ces questions, le président pourrait aussi choisir de rester délibérément flou au nom de la nécessaire "ambiguïté stratégique".
F.Cardoso--PC