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Kazakhstan: référendum censé assouplir un système politique à la main du président
Le Kazakhstan vote dimanche lors d'un référendum constitutionnel présenté par les autorités comme un moyen de démocratiser la première économie d'Asie centrale, en dépit d'amendements appelés à renforcer la main-mise du président Kassym-Jomart Tokaïev.
Depuis la mort en janvier 2022 de 238 personnes dans des manifestations contre le coût de la vie qui avaient dégénéré en émeutes, le président affirme vouloir construire un "Kazakhstan juste" en libéralisant le système politique.
Elu en 2019 après la démission surprise de Noursoultan Nazarbaïev, au pouvoir durant trois décennies, M. Tokaïev jure que grâce à ces réformes, "le Kazakhstan abandonne enfin son régime super-présidentiel et s'oriente vers une république présidentielle dotée d'un Parlement influent".
A 14H00 locales (09H00 GMT), 51,93% des quelque 12,5 millions d'électeurs ont voté dans ce pays partenaire économique de l'Union européenne mais aussi allié de la Russie et de la Chine.
Pour atteindre les 50% de participation, les autorités ont mobilisé de célèbres sportifs et athlètes, mais aussi les travailleurs des entreprises minières et pétrolières, secteurs cruciaux pour l'économie kazakhe.
Un photographe de l'AFP a vu de nombreuses personnes se prendre en photo lors du vote, pratique courante en Asie centrale, où les observateurs internationaux critiquent régulièrement la non-transparence des scrutins.
Les rares personnes critiquant les amendements sur les réseaux sociaux ont été convoquées par la police voire brièvement détenues, tandis que des journalistes ayant publié des sondages ont reçu des amendes.
Le dirigeant Tokaïev a estimé que les opposants "franchissaient la ligne rouge" et ne comprenaient pas la nouvelle Constitution.
Pour Achirbek Berdibekov, logisticien de 60 ans pro-nouvelle Constitution rencontré par l'AFP à Almaty, la logique est simple: "un citoyen kazakh doit soutenir la politique kazakhe".
- "Restrictions excessives" -
M. Tokaïev défend des amendements qui "refonderont l'ensemble du système étatique, permettront une redistribution des pouvoirs, renforceront l'équilibre du système de contrepoids".
Plusieurs modifications indiquent pourtant le contraire: la nouvelle Constitution lui permettra de nommer directement les chefs de postes stratégiques - Banque centrale, services secrets, Cour constitutionnelle - des nominations auparavant soumises à l'accord du Sénat. Celui-ci va disparaître.
Si le Kouroultaï - nouveau Parlement monocaméral - refuse à deux reprises d'approuver des nominations à d'autres postes, le dirigeant pourra le dissoudre et promulguer temporairement des actes ayant force de loi.
La liberté d'expression, déjà étroitement contrôlée, ne devra pas "porter atteinte à la moralité de la société ni violer l'ordre public". Il sera encore plus facile de restreindre les manifestations, déjà de facto inexistantes.
L'ONG de défense des droits humains Human Rights Watch a critiqué ces amendements risquant d'"entraîner des restrictions excessives et injustifiées à la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique".
Selon l'observateur politique kazakh Viktor Kovtounovski, "le mot même de réformes est difficilement applicable" aux amendements constitutionnels.
"Il s’agit plutôt du démantèlement des concessions libérales limitées auxquelles Kassym-Jomart Tokaïev avait été contraint de consentir en 2022", estime l'expert pour l'AFP.
- Succession -
A l'instar des autres ex-républiques soviétiques centrasiatiques, les scrutins au Kazakhstan valident les décisions du dirigeant Tokaïev, qui se présente comme un réformateur voulant rompre avec le passé autoritaire du régime, malgré une démocratie toujours très encadrée.
L'adoption du référendum est donc quasiment acquise après une campagne à sens unique d'un mois et des amendements adoptés en deux semaines.
Une précipitation qui "inquiète" Nazarbaï Bliev, retraité de 90 ans.
"Tout se déroule très vite, sans laisser suffisamment de temps pour la discussion", dit-il à l'AFP.
L'observateur politique Kovtounovski estime que "cette frénésie constitutionnelle ne peut s’expliquer que par une préparation accélérée de la transition du pouvoir".
Selon lui, "Tokaïev consolide le trône pour son successeur" et doit ainsi "créer les conditions d’une transmission du pouvoir contrôlée et sûre", à l'instar de celle de 2019 avec Noursoultan Nazarbaïev, qui avait démissionné après trois décennies au pouvoir.
L'apparition du poste de vice-président fait partie des principales nouveautés constitutionnelles car son futur titulaire pourrait être perçu comme le successeur de M. Tokaïev, qui aura bientôt 73 ans et a promis de ne pas se représenter en 2029.
F.Ferraz--PC