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Les eurodéputés valident l'accord commercial avec les États-Unis, avec de fortes réserves
Un exercice d'équilibriste : l'Union européenne s'est lancée dans une frénésie d'accords de libre-échange pour réduire sa dépendance à la Chine et aux Etats-Unis, tout en cherchant à préserver tant bien que mal le compromis sur les droits de douane négocié l'an dernier avec Donald Trump.
Après des mois d'atermoiements et de blocages, les eurodéputés ont donné jeudi leur feu vert à la mise en oeuvre de cet accord commercial majeur, conclu l'été dernier entre Bruxelles et Washington.
Les eurodéputés ont approuvé à une très large majorité (417 voix pour, 150 contre) la suppression des droits de douanes appliqués dans l'UE sur la plupart des importations américaines, comme la Commission européenne s'y est engagée, en échange d'un plafonnement à 15% des droits de douanes imposés par Trump sur les produits européens.
Mais ils ont assorti ce feu vert de multiples garde-fous, conditions suspensives et même d'une clause d'extinction (fixée en mars 2028) pour dénoncer le caractère déséquilibré de cet accord, et montrer leur extrême méfiance envers le président américain, qui utilise les droits de douane comme une arme diplomatique.
"Nous ne nous laisserons pas intimider, nous ne nous laisserons pas forcer à accepter un mauvais accord, et aujourd'hui, nous montrons aux citoyens que ce Parlement européen défend leurs intérêts"; a souligné l'élue belge Katleen Van Brempt (S&D, gauche).
A droite, la Croate Zeljana Zovko (PPE) a souligné que "16 millions d'emplois dépendent du commerce transatlantique", appelant à le "renforcer" par ce vote.
Négocié dans la douleur par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, cet accord avait été accueilli sur le Vieux Continent comme une capitulation face au président américain.
- Incertitude juridique -
Son examen par le Parlement a été retardé en raison des menaces d'annexion du Groenland par les Etats-Unis, puis de la décision de la Cour suprême américaine.
Celle-ci a créé une énorme incertitude juridique, en invalidant les droits de douane de Donald Trump, obligeant Washington à mettre en place des taxes provisoires, en attendant un nouveau régime tarifaire en juillet.
Pour s'appliquer, ces conditions devront cependant être validées par les Etats membres lors de négociations qui s'annoncent ardues.
Malgré ces efforts du Parlement pour rééquilibrer la donne avec les Américains, les députés français du groupe centriste Renew avaient annoncé qu'ils voteraient contre le texte.
"La seule valeur ajoutée politique de cet accord était d'apporter stabilité et prévisibilité, même si beaucoup disent que c'est un accord inéquitable", a expliqué à la presse l'un d'entre eux, Pascal Canfin. "S'il n'apporte même plus de prévisibilité, il n’y a aucune raison de le soutenir, même amélioré".
- Stratégie de diversification -
Le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, a salué sur X (ex-Twitter) une "étape cruciale" pour l'Europe et les Etats-Unis, tandis que l'ambassadeur américain auprès de l'UE a salué "une bonne décision pour les citoyens de part et d'autre de l'Atlantique".
Si les Européens tiennent ainsi à ménager tant bien que mal leurs relations avec les Etats-Unis, ils multiplient parallèlement les efforts pour réduire leur dépendance vis-à-vis à la fois de ce turbulent allié, et de la Chine.
Comme le montre la multiplication ces derniers mois d'accords de libre échange entre l'UE et des partenaires avec qui elle discutait parfois depuis des décennies : après l'Indonésie, l'Indonésie et le Mercosur, elle vient de conclure cette semaine son quatrième accord en six mois avec l'Australie.
Comme le rappelle l'économiste André Sapir, membre du centre de réflexion Bruegel, cette politique de diversification commerciale n'a pas été lancée à cause de Donald Trump, mais ce dernier lui a donné un sérieux coup d'accélérateur.
"Trump a généré du désordre : alors que les Etats-Unis étaient le centre du système économique et commercial international, ils sont devenus désormais un élément destructif de ce système", fait-il valoir à l'AFP.
Face aux mesures de "coercition" de M. Trump ou de la Chine, nouer de nouvelles alliances revêt pour lui une dimension "défensive" évidente.
"Ces accords font partie de notre arsenal. Ce sont nos porte‑avions, nos armes stratégiques dans l'ordre international", dit-il.
Il y voit ainsi une réalisation des vœux du Premier ministre canadien Mark Carney, qui avait appelé à Davos les "puissances moyennes" à s'unir face aux "puissances hégémoniques" qui dominent l'ordre international.
C.Cassis--PC