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Kaboul enterre des victimes d'une frappe pakistanaise, des proches toujours sans réponse
Abdul Hai Hamidi ouvre délicatement chaque cercueil espérant reconnaître un de ses proches décédés lors d'une frappe pakistanaise contre un hôpital pour toxicomanes de Kaboul, mais aucun des plus de 50 corps enterrés jeudi ne lui apporte de réponse.
"Nous sommes allés dans les hôpitaux mais nous n'avons pas de réponse pour le gendre de mon frère", confie-t-il à l'AFP, devant la mosquée Eid Gah de Kaboul où se tient une deuxième cérémonie de funérailles depuis le bombardement aérien.
"Il avait 30 ans, il s'appelait Samiulllah", ajoute cet homme aux yeux noirs en se préparant à poursuivre ses recherches, comme d'autres proches de disparus.
Le 16 mars, une frappe aérienne pakistanaise a touché un centre de traitement pour des personnes souffrant d'addictions dans la capitale afghane, suscitant la condamnation d'ONG internationales.
Islamabad qui est en conflit avec l'Afghanistan depuis des mois soutient avoir visé un objectif militaire.
De nombreux corps ont été déchiquetés en raison de la violence de l'explosion, avait constaté le directeur pour l'Afghanistan de l'ONG Norwegian Refugee Council, Jacopo Caridi, qui s'est rendu sur les lieux, soulignant la difficulté que cela pourrait occasionner pour identifier les victimes.
Selon le porte-parole du ministère de la Santé afghan, Sharafat Zaman, le bilan est désormais de "411 morts et 263 blessés", deux personnes ayant succombé à leurs blessures et un corps supplémentaire ayant été retrouvé dans les décombres depuis le premier bilan communiqué par les autorités talibanes.
La mission de l'ONU en Afghanistan (Unama) a donné un premier bilan faisant état de 143 morts et 119 blessés dans la frappe, mais ce chiffre "va très probablement augmenter", selon une porte-parole.
"Il y a toujours des corps qui manquent et des centaines de membres des familles (des disparus) nous contactent", a confirmé M. Zaman. "Il y avait des salles dans l'hôpital où une vingtaine de jeunes de 18 ou 19 ans étaient ensemble mais tout a été complètement détruit et leurs corps n'ont pas été trouvés", a-t-il ajouté.
- En cendres -
Devant la mosquée Eid Gah, Samira Muhammadi pleure son fils de 20 ans, Aref Khan, qui rêvait "de devenir une bonne personne, d'aider les autres". Il était entré dans le centre médical contre l'addiction il y a un peu plus de deux semaines. "On m'a dit que son corps a été brûlé, en cendres", dit-elle à l'AFP.
Elle n'est pas autorisée à aller sur le parvis de la mosquée où ont été déposés les cercueils en bois pour la prière car elle n'est pas accompagnée par un homme, comme l'imposent les lois des autorités talibanes.
Mais, plus tard, au cimetière où seront enterrées ces victimes dans des fosses communes, elle regardera dans chaque cercueil espérant trouver la dépouille de son fils. En vain.
Au total, selon les chiffres du gouvernement afghan, une centaine de corps ont été inhumés dans des fosses communes sur une colline de Kaboul, "plus de 50" le 18 mars et "plus de 50" jeudi. D'autres doivent être enterrés par leur familles de manière privée.
Le Pakistan et l'Afghanistan sont en conflit depuis des mois, Islamabad accusant son voisin d'accueillir des combattants du mouvement des talibans pakistanais (TTP) qui ont revendiqué des attaques meurtrières sur le sol pakistanais, ce que les autorités afghanes démentent.
Le conflit s'est intensifié le 26 février, quelques jours après des frappes pakistanaises suivies d'une offensive terrestre afghane.
Une trêve est restée en vigueur lors de la fête de l'Aïd el-Fitr marquant la fin du ramadan, mais a pris fin lundi soir.
Burhanuddin Kamali est aussi venu à la mosquée en espérant une réponse au sujet de son neveu Muhammad Issa, 21 ans, qui "travaillait dans des mines d'émeraude dans la région du Panchir" et pour lequel "on n'a aucune information".
En l'absence de corps ou de certitude, ajoute l'oncle, une tristesse étreint la famille qui peine à faire son deuil "car quelqu'un manque".
strs-iw/mr
P.Sousa--PC