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Corée du Nord: côté chinois, l'attente d'une réouverture du tourisme
"On aimerait avoir des visas pour y aller!": en face de la Corée du Nord, Wang Meili, retraitée chinoise de 68 ans, attend comme d'autres habitants de la ville frontalière de Dandong l'hypothétique réouverture du tourisme.
Pays très isolé, la Corée du Nord est depuis la pandémie de Covid-19 quasiment inaccessible aux voyageurs internationaux, alors qu'elle accueillait auparavant de nombreux touristes, principalement venus de la Chine voisine.
Des trains quotidiens de passagers relient à nouveau les deux pays depuis mars et la compagnie chinoise Air China doit reprendre lundi ses vols vers la Corée du Nord.
Mais Pyongyang est pour l'heure réticent à délivrer des visas touristiques. Ces nouvelles liaisons ferroviaires et aériennes sont donc en grande partie empruntées par des étudiants, des travailleurs et des personnes rendant visite à leur famille.
"J'ai déjà mon passeport", affirme Wang Meili, qui a grandi à Dandong.
La ville est considérée comme la principale porte d'entrée et de sortie des marchandises et des personnes entre la Corée du Nord et le reste du monde.
Un pont relie les deux rives du fleuve Yalu, large d'environ 700 mètres, qui marque la frontière. Des journalistes de l'AFP ont vu jeudi un train de passagers presque vide l'emprunter.
Juste à côté, sur un pont partiellement détruit par des bombes américaines pendant la guerre de Corée (1950-1953), des touristes prennent la pose et scrutent la rive opposée à l'aide de jumelles.
Des bateaux emmènent des curieux faire de brèves croisières le long du fleuve, d'où l'on aperçoit des Nord-Coréens vaquer à leurs occupations quotidiennes.
"On ne peut qu'attendre qu'il y ait du nouveau" pour les visas touristiques, explique Li Shuo, un des responsables d'une agence de voyage de Dandong.
Le tourisme joue un rôle crucial dans l'économie locale, durement touchée par six années d'interruption des voyages vers la Corée du Nord.
L'agence de Li Shuo s'est ainsi reconvertie dans les excursions dans les zones frontalières, qui n'offrent qu'un aperçu à distance du pays voisin. Et la reprise des liaisons ferroviaires n'a eu "aucun effet" sur son activité, selon lui.
"Si le tourisme vers la Corée du Nord reprenait, ce serait une bonne chose pour les touristes chinois" car "beaucoup de gens veulent y aller", explique-t-il.
D'autres sont moins convaincus.
Un touriste chinois confie à l'AFP qu'observer la Corée du Nord depuis Dandong lui suffit amplement.
"Là-bas, c'est totalitaire, les gens subissent un lavage de cerveau", déclare-t-il, refusant de donner son nom en raison de la sensibilité du sujet. "Ici aussi en Chine, mais ce n'est pas aussi fort", glisse-t-il.
- Bouée de sauvetage chinoise -
La fascination qu'inspire la Corée du Nord attire également des étrangers.
Louis Lamb, infirmier de 22 ans originaire de Brisbane, en Australie, aimerait y aller "au moins une fois dans sa vie".
"On peut voir la Corée du Nord sous un certain angle à travers nos médias" mais s'y rendre pour voir les choses de ses propres yeux est bien plus intéressant, estime-t-il.
Certaines portions de la rive opposée lui ont paru "désolées", mais "c'est bien plus développé que je ne l'imaginais", affirme-t-il.
Premier partenaire commercial de la Corée du Nord, la Chine offre à Pyongyang une bouée de sauvetage essentielle face aux sévères sanctions de l'ONU imposées en réponse au programme nord-coréen d'armement nucléaire. Les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint 2,7 milliards de dollars (2,3 milliards d'euros) l'an dernier, selon les données des douanes chinoises, retrouvant presque leur niveau d'avant la pandémie.
La semaine dernière, des journalistes de l'AFP ont constaté un flux constant de marchandises transitant via le pont de Dandong, par train et par camion.
La décision prise par Pyongyang, en janvier 2020, de fermer complètement ses frontières avait bloqué des milliers de ses citoyens à l'étranger, certains pendant des années.
Plusieurs restaurants de la ville frontalière chinoise de deux millions d'habitants emploient du personnel nord-coréen.
Une serveuse originaire de Pyongyang a indiqué à l'AFP que les déplacements entre les deux pays étaient récemment devenus plus faciles. Refusant de donner son nom, elle a raconté vivre en Chine depuis plus de six ans sans être retournée en Corée du Nord. "Mais je vais rentrer bientôt", assure-t-elle.
Les sanctions des Nations unies décidées en 2017 interdisent aux Nord-Coréens de travailler à l'étranger au motif qu'ils pourraient générer des fonds pour le programme nucléaire de Pyongyang.
Mais leur présence dans les restaurants de plusieurs villes chinoises se poursuit.
Selon des experts occidentaux, ils endurent des conditions de vie et de travail misérables, une grande partie de leur salaire étant confisquée par l'État nord-coréen.
Sur la route qui part de Dandong vers le nord, le long du fleuve, de hautes clôtures surmontées de barbelés ont été érigées pour empêcher les entrées illégales en Chine.
J.V.Jacinto--PC