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A Pustavacs, un village en principe acquis à Viktor Orban, les coeurs balancent
A Pusztavacs, dans le centre de la Hongrie, les affiches électorales tapissent les poteaux électriques, faisant de l'oeil à des villageois pour beaucoup acquis au Premier ministre Viktor Orban.
Choyés par le dirigeant nationaliste au pouvoir depuis 16 ans, les petites communes et villages — où vivent environ la moitié des 9,5 millions d'habitants de ce pays d'Europe centrale — sont depuis longtemps un bastion de son parti, le Fidesz. Et c'est là que se joueront les élections du 12 avril, soulignent les analystes.
"Le village, ce n'est pas le passé, mais l'avenir", se plaît à affirmer Viktor Orban, qui a lui-même grandi à la campagne et multiplie les gestes à l'égard des communautés rurales.
Pusztavacs, 1.300 habitants, a ainsi pu compter sur le soutien de l'Etat pour rénover son cimetière et son église, et a inauguré son premier distributeur automatique de billets l'an dernier, grâce à une loi favorisant leur installation dans tous les villages.
Beaucoup des habitants rencontrés par l'AFP se disent reconnaissants envers le Premier ministre, dont Zsolt Szarnya, un pompier militaire de 48 ans, qui a le sentiment que Pusztavacs comme le pays se sont réveillés depuis son retour au pouvoir en 2010.
"Le secteur de la construction est en plein essor", souligne-t-il, attribuant ce dynamisme aux programmes de soutien aux familles mis en place par le gouvernement.
"Orban ne prend pas, il donne", déclare à l'AFP Maria Balogh, une retraitée de 86 ans.
La montée en puissance du chef de l'opposition Peter Magyar, est toutefois en train d'ébranler la mainmise du dirigeant sur le monde rural, certains analystes évoquant un "éveil politique" des campagnes sur fond de stagnation économique et de scandales de corruption.
- "Expédition himalayenne" -
Entre les discours de l'un et de l'autre, Eva Batta se sent un peu perdue.
Cette femme de 71 ans ne peut plus travailler pour compléter sa retraite depuis une opération à cœur ouvert, et dit avoir le sentiment que la situation économique s'est dégradée durant le dernier mandat de Viktor Orban. Mais elle a aussi "peur de la guerre" qui fait rage dans l'Ukraine voisine, et dans laquelle M. Orban affirme que son opposant va entraîner la Hongrie.
"Je ne sais pas lequel serait le mieux, ou pour qui je dois voter… Je vais continuer à me gratter la tête", confie-t-elle à l'AFP près de l'épicerie à la sortie de Pusztavacs.
L'élection se jouera "à 100 %" dans les campagnes, affirme Matyas Bodi, analyste pour le site Electoral Geography.
Il compare l'objectif affiché par Peter Magyar - changer le système - à une "expédition himalayenne", dans laquelle les circonscriptions urbaines ne représentent que le "camp de base".
Conscient de cet enjeu, les discours de M. Magyar sont truffés d'"éléments conservateurs et nationalistes" susceptibles de séduire l'électorat rural, souligne le sociologue Imre Kovach, du Centre des sciences sociales de l'université ELTE.
Son message principal, la lutte contre la "corruption endémique" du gouvernement Orban et de ses alliés, trouve aussi un certain écho.
"J'ai voté pour le Fidesz par le passé mais je l'ai regretté", confie un réserviste bénévole, refusant de donner son nom par crainte de représailles, qualifiant les autorités issues de ce parti de "sales voleurs".
Selon lui, le soutien local à l'opposition a "explosé" récemment.
Laszlo Budavari, un retraité de 69 ans, affirme qu'il votera pour TISZA, car Peter Magyar "veut faire les choses autrement dans ce pays corrompu".
Le plus douloureux à ses yeux, c'est que ses trois filles envisagent toutes d'émigrer si Viktor Orban était réélu pour un cinquième mandat consécutif.
Le pire qui puisse arriver, dit-il, "c'est que mes filles me laissent ici tout seul". Avant d'ajouter, à l'adresse de Viktor Orban et de son équipe : "Vous avez vraiment tout fichu en l'air."
A.F.Rosado--PC