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Dialogue ou affrontement: l'attitude face aux groupes armés divise en Colombie
La Colombie reste, au seuil d'une élection disputée, profondément divisée sur la manière de faire face à une résurgence du conflit armé, et ceux qui ont fait le choix de la paix il y a dix ans sont devenus les cibles des nouveaux guérilleros et des narcotrafiquants.
En 2016, 13.000 membres des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) ont adhéré à un accord de paix historique avec l'Etat, pensant qu'il ramènerait le calme dans les zones du pays où ils avaient combattu.
Mais dix ans plus tard, de nombreux secteurs sont aux prises des groupes armés, qu'il s'agisse de dissidents des ex-Farc, d'anciens paramilitaires ou de cartels. Tous impliqués à un certain degré dans le trafic de cocaïne dont le pays est le premier producteur mondial.
L'AFP s'est rendue à Algeciras, dans le département du Huila (sud-ouest), où les habitants vivent sous les feux croisés de trois dissidences des ex-Farc s'étant écartées de l'accord de paix.
Les défenseurs des droits humains et les ex-combattants y sont constamment harcelés. Ou pire.
La violence est "le principal obstacle" à la réintégration des anciens combattants dans la société colombienne, selon le chef de la mission de vérification de l'ONU, Miroslav Jenca.
Depuis l'accord de 2016, 492 anciens combattants ayant choisi la paix ont été tués, a‑t‑il indiqué.
Parmi eux se trouvait le compagnon de l'ex-guérillera Nidia Arcila, Ronald Rojas.
Tous deux se sont rencontrés au début des années 2000 dans les rangs des Farc. "Il dit qu'il a bu l'eau du (fleuve) Putumayo et c'est pour ça qu'il est tombé amoureux d'une Indienne", se souvient en souriant l'ex-combattante amazonienne recrutée dès l'enfance.
Quatre ans après avoir adhéré au processus de paix, trois balles ont atteint Ronald Rojas en pleine poitrine, l'abattant dans leur maison, dans une zone rurale du Huila.
Les assassins n'ont jamais été retrouvés, mais l'ancienne guérillera est convaincue qu'il a été tué en raison de son soutien au processus de paix. "Je me sens moins forte. Je me sens seule", a‑t‑elle confié à l'AFP.
Aujourd'hui, à 41 ans, cette mère de deux enfants tient une petite boutique à Neiva, capitale du département, où elle vend du café et d'autres produits fabriqués par des signataires de l'accord de paix et par des victimes.
- "Réconciliation" -
La Colombie traverse la pire vague de violence de la dernière décennie. Un prétendant à la présidence a été assassiné et une série d'attentats à la bombe a secoué le sud du pays.
Le conflit armé domine la campagne à l'approche du premier tour de la présidentielle, le 31 mai. Les principaux candidats s'opposent diamétralement sur la marche à suivre.
Le favori des sondages, le sénateur de gauche Ivan Cepeda, mise sur la poursuite de la stratégie de dialogue avec les groupes armés entamée par son allié Gustavo Petro, qui quittera la présidence fin août.
En deuxième position dans les enquêtes d'opinion, l'avocat de droite Abelardo de la Espriella propose de mener une guerre frontale contre les organisations criminelles.
En attendant que tranchent les électeurs, la violence contre les ex‑guérilleros et les dirigeants communautaires ne faiblit pas.
Johnesmith Rincon, ex-combattant de 39 ans qui dirige une fondation pour la jeunesse à Algeciras, est sous la protection constante d'un garde du corps. Il attribue des menaces reçues à ses activités en soutien à l'accord de paix.
"Le chemin, c'est la réconciliation", dit-il, gardant l'espoir qu'un jour "Algeciras pourra vivre en paix".
Les groupes criminels ciblent les signataires de paix parce qu'ils les considèrent comme des traîtres, des obstacles, ou bien pour leur expérience - les pressant de les rejoindre s'ils ne veulent pas mourir.
"Ils disent que je sais gérer les chiffres (..) et qu'ils ont besoin de travailler avec moi", raconte un ancien membre des Farc qui était chargé de la logistique dans la guérilla. Il requiert l'anonymat en raison des menaces reçues pour avoir refusé de reprendre les armes.
Dans le village où il vit, personne ne connaît son passé. "J'ai dédié mes plus belles années à la guérilla et je ne veux plus jamais remettre ces bottes-là", dit-il.
P.Queiroz--PC