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Face au rouleau compresseur chinois, l'Europe cherche à mieux se protéger
L'UE est-elle prête à aller au bras de fer pour défendre ses entreprises face à la concurrence jugée déloyale de la Chine? L'exécutif européen, qui a multiplié les mesures de protection ces derniers mois, réfléchit à muscler encore son arsenal contre Pékin.
La Commission européenne va débattre vendredi de cette question, entre les partisans d'une réponse beaucoup plus énergique, à l'image du vice-président français de la Commission Stéphane Séjourné, et ceux qui prônent une approche plus prudente, à l'instar de Maros Sefcovic, qui dirige la politique commerciale de l'UE.
Sous l'impulsion du premier, Bruxelles a multiplié les plans de soutien aux industriels dont la survie est menacée par les surcapacités de leurs rivaux chinois soutenus financièrement par Pékin, avec notamment le doublement dès juillet des droits de douane européens sur les importations d'acier, et le projet de soutien au "Made in Europe" dans les contrats publics présenté en mars.
Le bloc européen a en outre été échaudé par les restrictions imposées l'an dernier par Pékin en matière d'approvisionnement en terres rares ou en composants électroniques, donnant lieu à des crises qui ont illustré l'extrême dépendance de l'économie européenne à l'égard de ce pays.
Cela a poussé Bruxelles à diversifier ses échanges commerciaux en signant à tout de bras des traités de libre-échange, de l'Inde au Mexique en passant par l'Indonésie et le Mercosur.
- Des secteurs "en train de mourir" -
Mais Stéphane Séjourné appelle aujourd'hui à changer de braquet, face à un déficit commercial astronomique dans les échanges de biens avec la Chine.
"Il y a une urgence économique. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Nous avons maintenant un déficit commercial de plus d'un milliard d'euros par jour avec la Chine", a-t-il expliqué jeudi à la presse, après une réunion des ministres européens de l'industrie.
Avec 29 millions d'emplois fortement menacés, et des secteurs entiers qui risquent d'être balayés, comme la chimie "qui est en train de mourir", le dirigeant va plaider pour une nouvelle approche.
"Les mesures de défense commerciale que l'on peut prendre aujourd'hui sont trop limitées, trop lentes à déclencher, et trop sectorielles", a-t-il dit dans un entretien au Monde, appelant à "les utiliser plus souvent et les repenser, pour en accroître la portée".
Selon un responsable européen s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, les membres de la Commission vont de fait discuter de l'utilisation des instruments commerciaux existants, et de l'opportunité de les étoffer.
Avec une question subsidiaire importante: faut-il modifier la législation européenne? Un processus forcément long puisqu'il faudrait le double accord des Etats-membres et du Parlement européen.
- Rééquilibrer la donne -
Pour enrichir ce "débat d'orientation", la présidente de l'exécutif européen Ursula von der Leyen a invité l'économiste Alfred Schipke, directeur de l'Institut de l'Asie du sud-est à l'Université nationale de Singapour, et ancien représentant du FMI en Chine.
En outre, cinq pays de l'UE, dont la France, ont proposé en amont plusieurs pistes pour renforcer l'arsenal commercial de l'UE.
Même l'Allemagne, traditionnellement rétive à toute mesure restreignant le libre-échange, pour ne pas pénaliser ses exportations, son principal moteur économique, reconnait la nécessité d'agir pour rééquilibrer la donne avec la Chine.
"La concurrence renforce l'innovation et les performances technologiques. Mais des relations économiques stables nécessitent aussi transparence, prévisibilité et des conditions-cadres fiables", a souligné la ministre de l'Economie Katharine Reiche cette semaine, lors d'une visite de trois jours dans l'Empire du Milieu.
De son côté, Pékin menace l'UE de mesures de rétorsion si elle met en place des dispositifs "protectionnistes".
"La Chine suit attentivement la situation du côté européen et prendra toutes les mesures nécessaires pour défendre ses intérêts légitimes", a assuré jeudi à la presse Mao Ning, une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.
Bruxelles dispose cependant d'un atout majeur pour faire valoir ses vues : l'accès à son marché intérieur de 450 millions de consommateurs, un débouché devenu indispensable à de nombreuses entreprises chinoises qui font face à une demande en berne dans leur propre pays.
F.Moura--PC