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Keir Starmer, acculé deux ans après le retour du Labour au pouvoir au Royaume-Uni
Le travailliste Keir Starmer avait juré de reconstruire un Royaume-Uni "cassé" et de ramener la stabilité Downing Street, mais le Premier ministre miné par l'impopularité apparait désormais dos au mur, son principal rival au Labour prêt à le défier.
Le retour au Parlement d'Andy Burnham, vainqueur d'une législative partielle près de Manchester jeudi pourrait précipiter sa chute.
Cela fait des mois que le Premier ministre britannique est contesté, encore plus depuis la défaite historique du Labour aux élections locales début mai, qui ont vu les travaillistes perdre la majorité dans nombre de leurs bastions.
Il avait alors assuré avec son impassibilité habituelle "assumer la responsabilité" de cet échec, mais refusé de partir, pour ne pas "plonger le pays dans le chaos".
C'est son mantra ces dernières semaines pour justifier sa détermination à rester Downing Street.
Mais la démission début juin du ministre de la Défense, John Healey, qui l'a jugé "incapable" de garantir un budget militaire suffisant, a encore entamé son autorité.
Il martèle qu'il se battra s'il est défié par Andy Burnham ou un autre, malgré une popularité parmi les plus faibles des Premiers ministres de l'histoire moderne, selon l'institut YouGov.
Vendredi, Keir Starmer a répété qu'"il y a encore à faire" et qu'il est "concentré sur cela".
Mais face au populaire "roi du Nord", qui promet de "changer le Labour" et de redonner de "l'espoir" aux Britanniques, les sondages le donnent perdant.
- Manque de vision -
Cet ex-avocat de 63 ans, spécialisé dans les droits humains, était pourtant entré par la grande porte à Downing Street le 5 juillet 2024, après une large victoire du Labour aux législatives.
Les attentes étaient grandes dans un Royaume-Uni qu'il avait jugé "cassé" par 14 années de gouvernements conservateurs.
Deux ans plus tard, le pays reste confronté à une économie apathique, une hausse du coût de la vie, et à des services publics, notamment de santé, éreintés par des années d'austérité.
Et les Britanniques peinent à voir où celui qui se dit plus "pragmatique" qu'idéologue, veut emmener le pays.
"Il n'y a pas de +Starmerisme+ et il n'y en aura jamais", aurait-il dit à son entourage, selon le livre "Get In" signé de deux journalistes et retraçant son parcours politique.
En arrivant au pouvoir, Keir Starmer - prénommé en hommage au fondateur du Labour Keir Hardie - avait dit que le chemin serait "long et difficile".
Son ton précis et sans flamme de juriste, d'abord vu comme un gage de sérieux, l'a desservi dès les premières difficultés.
Il s'est aliéné l'aile gauche de son imposante majorité avec des mesures jugées antisociales, sur lesquelles il a dû revenir en partie face à la fronde.
Il n'a pas su désamorcer la montée du parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage, et certains électeurs du Labour se tournent vers les Verts, plus à gauche.
- Affaires et polémiques -
Son gouvernement n'a pas non plus échappé aux affaires.
Plusieurs de ses ministres ont été contraints au départ, dont sa numéro deux Angela Rayner, en septembre 2025.
Et il a été accusé de ne pas prendre ses responsabilités dans l'affaire Peter Mandelson: nommé ambassadeur à Washington, l'ex-commissaire européen a été limogé neuf mois plus tard, après des révélations sur son amitié avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein.
Keir Starmer a eu plus de succès à l'international, où il s'est évertué à redonner un poids à la voix du Royaume-Uni en Europe, affaiblie depuis le Brexit, et a serré les rangs avec les Européens sur l'Ukraine.
Les Britanniques apprécient qu'il ait tenu tête à Donald Trump, refusant de soutenir pleinement l'offensive israélo-américaine contre l'Iran, même si cela lui a valu des piques du président américain.
Après avoir grandi près de Londres, ce fils d'un père outilleur et d'une mère infirmière handicapée entre tard en politique.
Flûtiste, violoniste et supporteur du club de football d'Arsenal, il est élu député en 2015, après avoir dirigé le parquet général, ce qui lui a valu d'être anobli par la reine Elizabeth II.
Arrivé à la tête du parti travailliste en 2020 après la déroute électorale subie l'année précédente par son très à gauche prédécesseur Jeremy Corbyn, il a recentré le parti, évinçant sans trembler ceux qui ne partageait pas sa stratégie.
C'est désormais lui qui est menacé d'être écarté du pouvoir.
A.Seabra--PC