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Ormuz: des navires continuent à traverser malgré les menaces iraniennes
Des navires continuent vendredi à traverser le détroit d'Ormuz en empruntant une route non approuvée par l'Iran, malgré l'attaque d'un cargo la veille qui a poussé l'ONU à suspendre son évacuation, selon des données de suivi maritime.
L'Iran a plusieurs fois mis en garde contre toute traversée du détroit sans son autorisation, et un cargo a été touché jeudi, poussant l'agence maritime de l'ONU à suspendre son opération d'évacuation des navires bloqués dans l'attente de garanties de sécurité supplémentaires.
Une "violation stupide" du cessez-le-feu avec l'Iran, a réagi Donald Trump vendredi, alors que les deux belligérants sont entrés dans une phase de 60 jours de négociations pour parvenir à un accord final, après la signature du protocole d'accord le 17 juin qui avait permis la réouverture de cette voie maritime stratégique.
Selon le président américain, l'Iran, qui avait verouillé Ormuz depuis le début de la guerre fin février, "a lancé au moins quatre drones d'attaque contre des navires".
Vendredi, 29 navires commerciaux sont passés par le détroit, dont dix pour entrer au Golfe et 19 pour en sortir, selon les données de Kpler en fin d'après-midi. Dix-sept ont suivi une route longeant les côtes d'Oman.
Après un pic de 57 navires ayant franchi le détroit dans un sens ou l'autre mercredi, 42 sont passés jeudi dont la moitié en longeant Oman, au sud du détroit, selon la même source.
L'autorité maritime iranienne avait averti, après l'attaque, que "tout passage en dehors du cadre défini" par l'Iran "ne bénéficierait pas des garanties de passage sécurisé".
Le processus d'évacuation sera relancé dès qu'il aura "obtenu des confirmations supplémentaires" sur les garanties de sécurité, a déclaré le secrétaire général de l'OMI, Arsenio Dominguez, lors d'une conférence de presse.
Au total 11.000 marins à bord de 600 navires doivent être évacués.
Pour l'heure et depuis mardi, 115 navires et 2.500 marins ont été évacués du détroit d'Ormuz, a annoncé l'ONU vendredi.
Malgré cette confusion autour de cette voie large d'une trentaine de kilomètres où transite 20% du commerce mondial d'hydrocarbures en temps normal, les cours de l'or noir continuaient leur décrue.
- Vérifications "très poussées" -
Vendredi après-midi, ils ont même brièvement reculé de plus de 5% après avoir déjà retrouvé depuis quelques jours leurs niveaux d'avant le conflit. Le trafic "se poursuit sans grande interruption", ce qui encourage la baisse des prix, ont expliqué les analystes d'ING.
Ce passage reste un point de divergence important entre les deux camps, Téhéran souhaitant imposer désormais des frais de passage, ce que rejette en bloc Washington.
Autre point d'achoppement: le nucléaire iranien.
Le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) Rafael Grossi a estimé vendredi depuis Tokyo qu'un système de vérification "très poussé" était nécessaire pour s'assurer que l'Iran ne développait pas d'armes nucléaires.
Le protocole d'accord prévoit que l'Iran ne développera pas d'armes nucléaires et il prévoit aussi la mise en place d'un mécanisme pour traiter les stocks iraniens d'uranium hautement enrichi par, "au minimum, une méthode de dilution sur place sous la supervision de l'AIEA".
Avant les frappes américaines et israéliennes de juin 2025, l'AIEA avait calculé que l'Iran possédait environ 440 kilogrammes d'uranium enrichi à 60%, soit un niveau proche des 90% nécessaires à la fabrication d'une bombe.
Depuis, le sort de ce stock reste incertain, Téhéran refusant l'accès aux inspecteurs sur les sites bombardés.
Téhéran a toujours nié vouloir se doter de la bombe atomique, tout en restant inflexible sur son droit à exploiter une filière nucléaire civile.
Selon M. Grossi, l'AIEA a "à peine entamé" des discussions avec l'Iran sur le devenir du stock d'uranium.
Une alternative à la dilution pourrait consister à expédier l'uranium enrichi hors d'Iran, a-t-il avancé, une option également soutenue par Washington.
- "Cicatrices dans la société" -
Pendant ce temps à Téhéran, des habitants ne voyait pas grand changement près de dix jours après la signature de ce protocole d'accord destiné à mettre fin aux hostilités déclenchées le 28 février par l'offensive israélo-américaine sur Téhéran, sur tous les fronts y compris au Liban.
"Il n'a eu aucun effet réel", dit Amir, 28 ans, employé du gouvernement: "la vie est simplement devenue plus difficile", à cause notamment de l'envolée du coût de la vie.
Les Iraniens sont en proie à un sentiment "de confusion et d’anxiété", après une guerre qui a laissé "non seulement des dégâts économiques, mais aussi de profondes cicatrices dans la société", abonde Mehdi, 35 ans, créateur de contenu.
Sur le front libanais, une cinquième session de pourparlers entre Beyrouth et Israël, censée se terminer jeudi, devait se poursuivre vendredi à Washington, selon le département d'Etat.
Israël exclut tout retrait du pays voisin tant que pèsera la menace du Hezbollah pro-iranien sur ses citoyens. Le chef de la formation chiite, Naïm Qassem, qui rejette ces négociations, appelle lui à un retrait israélien "inconditionnel".
Le président libanais, Joseph Aoun, a salué de son côté les efforts de la France et de l'Italie pour former une coalition multinationale appelée à succéder à la force de maintien de la paix de l'ONU dans son pays, dont le mandat expire fin 2026.
F.Ferraz--PC