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A la frontière avec le Zimbabwe, des bus pour fuir l'Afrique du Sud, des radeaux pour y tenter sa chance
Perchés sur des radeaux de fortune, des hommes tirent sur une corde tendue entre les deux rives du fleuve Limpopo, infesté de crocodiles. Quelques minutes plus tard, les voilà entrés clandestinement en Afrique du Sud depuis le Zimbabwe.
La scène, dont a été témoin une équipe de l'AFP, se déroule à quelques encablures de l'important poste-frontière de Beitbridge. Le temps qu'une patrouille de la police aux frontière sud-africaine arrive sur place, les nouveaux arrivants se sont évanouis dans les fourrés d'épineux.
Ce point de traversée illégale est l'un des nombreux qui jalonnent la frontière poreuse qui sépare les deux pays, où migrants et trafiquants déjouent régulièrement les efforts déployés pour la verrouiller.
A 20 km de là, dans la localité sud-africaine de Musina, des milliers de migrants zimbabwéens et malawites attendent leur tour dans un camp de transit pour traverser la frontière dans l'autre sens, fuyant les violences et les intimidations d'une virulente campagne antimigrants aux relents xénophobes en Afrique du Sud.
Au moins quatre étrangers ont été tués dans ces violences, selon les autorités sud-africaines.
Plus de 21.000 étrangers, souvent en situation irrégulière, sont passés par ce camp de transit, où ils sont enregistrés avant d'être autorisés à traverser la frontière, selon le responsable du site employé par l'administration provinciale du Limpopo, Albert Matsaung.
- "Nourrir ma famille" -
A l'intérieur des tentes de bâches blanches, des familles se serrent les unes contre les autres sur de fins matelas en mousse, tandis que des enfants courent à l'extérieur au milieu des bagages.
Parmi eux, Munyai Tungamirai et son épouse Patricia Nhamo, Zimbabwéens, ont franchi le Limpopo en 2024 en quête d'un travail. "Pendant l'hiver, il n'y a pas beaucoup d'eau et c'est facile de traverser", moyennant 20 dollars (17 euros) pour le passeur, explique M. Tungamirai. "C'est risqué, mais il fallait que je le fasse pour nourrir ma famille", ajoute l'homme de 42 ans, qui avait trouvé un emploi dans une orangeraie de Tzaneen, dans le Limpopo.
Lorsque les marches appelant au départ des sans-papiers ont pris de l'essor en Afrique du Sud, son employeur l'a congédié de crainte d'être verbalisé par les autorités. Le couple, qui a un bébé d'un an, espère revenir dans un an, avec des documents en règle cette fois.
Leonard Moyo, lui, en a fini avec l'Afrique du Sud. Arrivé en 2010 avec une bourse d'études, il a fondé une famille sur place et trouvé un emploi dans le bâtiment. "Ils ne nous aiment pas (...) et je préfère mourir dans mon pays", dit-il en serrant contre lui un écran d'ordinateur, l'un des rares biens qu'il a réussi à emporter dans sa fuite.
- "Je rentre en vie" -
Depuis le 7 juin, 46.000 migrants sont passés par le poste-frontière de Beitbridge, rapatriés volontaires ou expulsés par l'Afrique du Sud, selon la police aux frontières. La majorité d'entre eux étaient des Malawites. Au total, plus de 60.000 étrangers ont fui le pays.
Mais les autorités reconnaissent que nombre d'entre eux peuvent aisément retrouver le chemin de l'Afrique du Sud via les points de passages disséminés le long de la frontière.
"Imaginez l'embarras si après tous nos efforts, tout à coup, des personnes rentrent de nouveau dans le pays illégalement", a déclaré le chef de l'autorité sud-africaine de gestion des frontières (BMA), Michael Masiapato.
De longues portions de la frontière le long du Limpopo ne sont pas clôturées et même en augmentant les patrouilles, la vidéosurveillance et les reconduites à la frontière, les autorités reconnaissent qu'il y a des limites à ce qu'elles peuvent accomplir.
"Comme nous n'avons pas encore de barrière physique, vous ne pouvez pas garantir l'absence totale d'immigration illégale et je suppose que c'est simplement la réalité, non seulement pour l'Afrique du Sud, mais pour le reste du monde", a ajouté le chef de la police aux frontières.
Dans le camp de transit, Veronica Magaya, 32 ans, attend patiemment avec ses deux enfants de pouvoir embarquer dans un bus vers le Zimbabwe, qu'elle a quitté en 2018 avec un passeport en règle.
Employée de maison, elle a été renvoyée du jour au lendemain par son patron et, après avoir passé une nuit dans le froid de l'hiver austral, elle a réussi à gagner par bus le camp de Musina. "Je suis contente car je rentre à la maison en vie", dit-elle.
Comme de nombreux autres, son visa en Afrique du Sud a expiré pendant la pandémie de Covid-19, une période très compliquée pour renouveler ses papiers, explique-t-elle.
"J'ai beaucoup souffert. Je ne veux plus revenir dans ce pays, même pas pour une journée", lâche-t-elle.
M.Carneiro--PC