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Catalogne: le mouvement indépendantiste étale ses divisions à son rassemblement annuel
Le mouvement indépendantiste catalan a étalé dimanche ses divisions au grand jour, à l'occasion de son traditionnel rassemblement annuel de la "Diada", marqué par les critiques contre le dialogue avec Madrid mené par le président régional, absent du défilé.
"Les partis nous ont trahis" ou "Gouvernement: DUI (déclaration unilatérale d'indépendance, ndlr) ou démission", pouvait-on lire sur certaines des affiches qui ont partagé cette année la vedette avec les drapeaux Estelada, symboles de la revendication d'indépendance catalane.
"Nous en avons assez : assez de Madrid, de nos politiciens et de tout", s'emporte José Auladell, retraité de 65 ans venu de Gérone.
Déçue par le manque d'engagement dont font preuve, selon elle, les partis catalans au pouvoir, l'Assemblée nationale catalane (ANC), organisatrice de la manifestation, espérait qu'elle donnerait un nouvel élan au mouvement que la déclaration d'indépendance ratée de 2017 a durablement affaibli.
Avec 150.000 participants, selon la Guardia urbana (700.000 selon les organisateurs), la marche a certes davantage rassemblé que l'an dernier (108.000 selon la Guardia urbana), mais loin des rassemblements de plus d'un million de personnes au plus fort de l'escalade séparatiste.
C'est que les désaccords sont désormais profonds entre ceux qui ne renoncent pas à l'objectif de parvenir à l'indépendance, même unilatéralement, et la vision plus pragmatique de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), parti du chef de l'exécutif régional, Pere Aragonès.
"Le président de la Generalitat [le gouvernement catalan, ndlr], qui représente son parti, n'est pas en faveur de l'indépendance", regrette un manifestant Francesc Jubany, 58 ans, qui porte un tee-shirt avec le slogan de la marche "Nous sommes de retour pour gagner, l'indépendance !"
"Le mouvement est divisé, mais du fait des forces politiques", ajoute-t-il.
Se sentant pointé du doigt par les organisateurs, Pere Aragonès avait décidé de ne pas se rendre à une manifestation où, l'année dernière, il avait été accueilli par des sifflets.
Les ministres du gouvernement catalan membres de l'ERC n'étaient pas non plus présents dimanche, à la différence de ceux de l'autre parti indépendantiste de la coalition régionale, Ensemble pour la Catalogne (JxC, droite).
Des divisions aux antipodes de la cohésion indépendantiste née il y a une décennie et qui avait conduit au point culminant de 2017.
Cinq ans après cet automne frénétique, au cours duquel le gouvernement catalan avait déclaré une indépendance éphémère condamnée par Madrid, et qui avait débouché sur l'emprisonnement ou la fuite des principaux leaders indépendantistes, le contexte est très différent.
L'engagement de l'ERC en faveur du dialogue avec le gouvernement espagnol du socialiste Pedro Sanchez, qu'il soutient également au parlement de Madrid, reste ferme, et même la révélation il y a quelques mois que les services de renseignement espagnols ont espionné des élus indépendantistes par le passé ne l'a pas ébranlé.
Pere Aragonès avait rappelé sa stratégie samedi, lors du traditionnel message télévisé à la veille de la "Diada".
"Il est important de souligner que nous réussissons à ramener le conflit au niveau politique. Nous parvenons à le ramener à un niveau qu'il n'aurait jamais dû quitter", a déclaré le président catalan.
"La Catalogne votera. Elle le fera tôt ou tard, en fonction de la force que nous aurons, mais elle le fera", a-t-il ajouté.
Les secteurs indépendantistes les plus radicaux paraissent toutefois à bout de patience, se disant déçus par des élus qui selon eux ne tiennent pas leurs promesses.
"Les partis indépendantistes n'ont pas répondu aux attentes de la population", déplore dans la marche, désabusée, Neus Costa, 62 ans: "les gens sont démoralisés, car nous nous sommes beaucoup battus, pour rien".
Ferreira--PC