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Les hôpitaux ruraux américains, victimes collatérales des politiques de Trump
Les hôpitaux ruraux américains, victimes collatérales des politiques de Trump / Photo: Zina DESMAZES - AFP

Les hôpitaux ruraux américains, victimes collatérales des politiques de Trump

Plus de 140 kilomètres. C'est la distance que les habitants de Fredonia, petite bourgade du Kansas, au centre des États-Unis, doivent aujourd'hui parcourir pour être pris en charge en cas de crise cardiaque ou d'AVC par un cardiologue.

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Une situation qui pourrait encore empirer si l'hôpital local, qui prodigue les premiers soins et organise les évacuations par hélicoptère ou ambulance, venait à fermer pour cause de faillite, comme c'est le cas de plus en plus d'établissements à travers le pays.

"C'est sans aucun doute un sujet de préoccupation", confie Johnathan Durrett, directeur de ce petit hôpital de 25 lits aux briques apparentes qui se bat "pour rester ouvert".

Si les difficultés financières des hôpitaux ruraux ne datent pas d'hier, l'inflation et les coupes massives décidées par Donald Trump depuis son retour au pouvoir les ont aggravées et font craindre pour la survie de centaines de structures.

À l'approche des élections de mi-mandat, la question de l'accès et des prix des soins, exorbitants dans le pays, est une source de préoccupation pour nombre d'électeurs.

"Nous savons depuis longtemps au Kansas comme dans le reste des États-Unis que notre système de santé présente de nombreux problèmes (...) mais la situation semble pire que jamais à plusieurs égards", observe Allen Greiner, médecin partageant son temps entre Fredonia et ses 2.000 habitants et l'agglomération de Kansas City, à deux heures trente de route.

- Explosion des coûts -

Dans cet État rural, la situation inquiète d'autant plus qu'un rapport d'un institut indépendant a évalué cet été à 21 le nombre d'hôpitaux ruraux "à risque immédiat de fermeture".

Or, sept établissements ont déjà fermé au Kansas depuis 2015, dont l'un dans la région de Fredonia.

"On a tous peur", reconnaît Jennifer Bacani McKenney, médecin généraliste dont le cabinet est accolé à l'hôpital, où elle assure des gardes. "On se demande: +Est-ce qu'on va être les prochains?+"

Tout en se voulant rassurant sur les finances, M. Durrett dit ne pas pouvoir écarter que son hôpital puisse un jour fermer.

En cause: l'augmentation continue des prix de "presque tout", explique-t-il, du matériel de perfusion aux aliments servis aux patients.

Mais aussi, le déclin démographique et les remboursements des assurances santé qui "ne couvrent tout simplement pas le coût de ces soins", regrette-t-il.

Des problèmes qui empirent avec les coupes menées par les républicains dans les financements de Medicaid, la couverture des plus pauvres, et dans les aides à l'achat d'assurance santé privée, prévient Tom Mueller, directeur du Centre de la santé rurale de l'université du Kansas.

- "Survivre" -

"On constate déjà une augmentation du nombre de personnes non assurées qui se présentent aux urgences", rapporte-t-il, ce qui se traduit par davantage de frais à la charge des hôpitaux, les patients ne pouvant souvent pas payer.

Et la plupart des coupes ne sont même pas encore entrées en vigueur, pointe April Holman, de l'organisation Alliance for a Healthy Kansas, alertant sur les tragiques conséquences financières mais aussi humaines.

"Beaucoup de personnes, particulièrement dans les zones rurales, ne vont pas à l'hôpital ou chez le médecin s'ils savent qu'ils ne peuvent pas payer. Et quand cela arrive, leurs pathologies deviennent plus aiguës et, dans certains cas, ils ne parviennent tout simplement pas à survivre", insiste-t-elle.

De même si les distances à parcourir pour consulter un médecin explosent en cas de fermeture d'un cabinet ou d'un hôpital, prévient Jennifer Bacani McKenney.

Au-delà de la question même des soins, l'économie de ces bourgs dépend des hôpitaux, souligne Kasey Millar, employée d'association.

Mère d'un petit garçon, cette femme de 36 ans dit qu'elle ne vivrait probablement pas à Fredonia s'il n'y avait pas de médecin "à quelques rues" de chez elle.

Elle espère donc voir les promesses électorales se transformer en actions concrètes pour préserver ces services essentiels: "ce n'est pas parce qu'on choisit de vivre dans une petite ville qu'on mérite d'avoir moins accès aux soins de santé", lance-t-elle.

X.Matos--PC