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Ben Gvir, l'impétueuse star de l'extrême droite israélienne
Longtemps cantonné au rôle de trublion infréquentable de l'extrême droite, Itamar Ben Gvir est devenu une figure incontournable de la politique en Israël au point de s'imposer comme la possible clé de voûte d'un gouvernement de droite à l'issue des législatives du 1er novembre.
Avocat de formation, ce père de six enfants qui vit dans une colonie parmi les plus radicales de Cisjordanie occupée, est devenu député en avril 2021, après des années à militer à l'extrême droite.
Aujourd'hui sur la liste "Sionisme religieux", il défend l'annexion par Israël de la Cisjordanie, où vivent 2,9 millions de Palestiniens, le transfert d'une partie de la population arabe d'Israël vers les pays voisins, et ne craint jamais de se rendre là où les tensions sont les plus fortes, mettant, selon ses détracteurs, le feu aux poudres.
A Jérusalem-Est, il clame "Vive le peuple d'Israël" sur l'esplanade des Mosquées, appelé Mont du Temple dans la tradition juive, épicentre des tensions. En mai 2021, alors que des violences dans le quartier de Cheikh Jarrah, où des familles palestiniennes sont menacées d'expulsion, sont le prélude à un embrasement, il y établit son bureau parlementaire en soutien aux colons israéliens.
Mi-octobre cette année, alors que des heurts y opposent à nouveau colons, forces israéliennes et Palestiniens, il s'y rend, sort une arme devant tous, avant de la ranger.
Le lendemain, le père de 46 ans publie sur Twitter une photo de deux de ses enfants, fusils d'assaut en plastique en main, et lui, tout sourire, avec pour légende: "Après les émeutes (...) j'apprends aux enfants comment se conduire avec les terroristes".
- "En guerre" -
Né en banlieue de Jérusalem de parents séfarades, Itamar Ben Gvir puise son idéologie anti-arabe dans celle du rabbin extrémiste Meir Kahane, dont le mouvement Kach a été banni en Israël après l'assassinat en 1994 de 29 Palestiniens en train de prier à Hébron, en Cisjordanie, par un de ses sympathisants, Baruch Goldstein.
Itamar Ben Gvir, qui a milité dans Kach, a longtemps eu un portrait de Goldstein dans son salon mais dit avoir pris quelques distances depuis.
"Bien sûr j'ai changé, quand je disais il y a 20 ans qu'il fallait expulser tous les Arabes, je ne le pense plus, mais je ne vais pas m'excuser", dit-il dans un entretien à l'AFP à Tel-Aviv. "Je suis le marqueur de droite de la Knesset et je viens sauver le pays ; je suis en guerre contre les jihadistes et ceux qui veulent attaquer le pays".
Le député, également connu pour ses positions anti-LGBTQ, estime qu'"il n'y a pas vraiment de peuple palestinien" et parle d'un "danger existentiel pour la survie du peuple juif", à l'heure où les violences liées au conflit israélo-palestinien sont vives.
"Ben Gvir a réussi à faire croire qu'il est désormais sinon modéré, au moins un extrémiste plus respectable, ce qu'il n'est pas", affirme Yossi Klein Halevi, chercheur à l'institut Shalom Hartman. "C'est un démagogue qui s'alimente de la peur, de la frustration et de la colère".
- Futur ministre? -
Inculpé plus d'une cinquantaine de fois depuis son adolescence pour incitation à la haine ou des violences, il se vante d'avoir été innocenté dans 46 cas. C'est sur la recommandation des juges qu'il a entrepris des études de droit, pour se défendre lui-même, se targue-t-il.
Mais quand il ne vocifère pas, l'homme au visage mafflu apparaît presque affable, du genre que "les journalistes adorent interviewer", relève M. Klein Halevi. "Il trouve toujours une bonne citation".
En vue des législatives, il s'est de nouveau allié à Bezalel Smotrich, autre figure du nationalisme religieux.
Selon des sondages, leur alliance baptisée "Sionisme religieux" pourrait arriver en troisième place avec environ 14 sièges, essentiels au projet de gouvernement de droite de l'ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui cherche à revenir aux affaires en réunissant les élus de son Likoud, des formations ultra-orthodoxes et du duo Ben Gvir/Smotrich.
En échange de son soutien, M. Netanyahu pourrait promouvoir M. Ben Gvir au rang de ministre. "Il voudra le ministère de la Justice, il aura peut-être la Sécurité intérieure", un scénario qui aurait pour corollaire "une agitation continue, de la tension et de la haine dans la rue", prédit M. Klein Halevi.
C.Cassis--PC