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A Mykolaïv, les doutes des Ukrainiens sur un retrait russe de Kherson
Sur le marché de Mykolaïv, principale cité du sud de l'Ukraine proche de Kherson, de nombreux Ukrainiens affirment douter du retrait des forces russes de la seule capitale régionale conquise en huit mois de guerre.
"Pourquoi maintenant se lèveraient-ils et s'en iraient-ils après avoir défendu Kherson pendant huit mois avec toute leur force?", interroge Igor Kossorotov, un mécanicien de 59 ans.
La veille, le général en charge de l'armée russe en Ukraine, Sergueï Sourovikine, avait pourtant annoncé que le repli de la rive occidentale du fleuve Dniepr se ferait "très rapidement".
Jeudi, le ministère russe de la Défense a confirmé le début de "manoeuvre" de ses unités. Moscou cherche à consolider ses positions en établissant une ligne de défense derrière le fleuve Dniepr, un obstacle naturel.
Mais l'armée ukrainienne reste prudente disant ne pouvoir ni confirmer ni démentir les informations sur ce "prétendu retrait".
La prise de Kherson dans les tout premiers jours de l'invasion avait permis à la Russie de conquérir un large pan de territoire dans le sud du pays, reliant ces conquêtes à la Crimée annexée.
- Soupçons -
A Mykolaïv, grande ville du sud à moins de 100 km au nord-ouest de Kherson, les habitants se montraient aussi méfiants vis-à-vis des dernières informations que les autorités à Kiev.
"Ce serait le comble de la stupidité. Cela n'a aucun sens dans mon esprit", argue M. Kossorotov.
Beaucoup d'habitants de Mykolaïv ignoraient encore jeudi matin l'annonce de retrait de Kherson par l'armée russe.
Kiev a en effet coupé l'accès aux chaînes de télévision russes. Et certains résidents soupçonnent une mise en scène organisée par le Kremlin, voire un piège de la part des Russes.
L'armée ukrainienne affirme que ce grand port du sud de l'Ukraine a été bombardé 8 jours sur 10 depuis le début de l'invasion russe le 24 février.
Dans la ville, il n'est ainsi pas rare d'apercevoir des immeubles de style soviétique aux fenêtres explosées ou aux murs léchés par les flammes à la suite d'incendies provoqués par des bombardements.
"Comment voulez-vous croire un mot qu'ils prononcent?", raille Volodymyr Vypritsky, un chauffeur, entre deux étales de légumes et de bonnets d'hiver.
"Comment voulez-vous croire ces gens qui nous ont toujours dit qu'ils étaient nos frères? Des gens qui tuent leurs frères, pouvez-vous vraiment les croire?", interroge cet homme de 55 ans.
Le Kremlin affirme officiellement depuis plusieurs mois que Russes et Ukrainiens ne forment qu'un seul et même peuple, divisé par des erreurs géopolitiques.
Svitlana Kyrytchenko, une vendeuse, dit ne pas avoir pris connaissance de l'annonce de Moscou et que des amis à elle lui ont au contraire indiqué que les Russes fortifiaient Kherson.
"On ne peut pas faire confiance, personne ne va nous rendre quoi que ce soit juste comme ça", a-t-elle déclaré à l'AFP.
L'armée ukrainienne a de son côté annoncé avoir repris 12 localités dans la région de Kherson mercredi, pour une superficie supérieure à 260 km2.
- "Ruines" -
Des images satellites montraient encore ces derniers jours les Russes creuser des lignes de tranchées sur la rive gauche du Dniepr, de l'autre côté du fleuve.
Ces positions pourraient permettre aux Russes d'être très bien placés pour cibler les troupes ukrainiennes qui entreraient dans Kherson.
Pour le mécanicien Kossorotov, "les Russes vont tout simplement mettre en ruines la ville et puis voilà". "Ils la feront couler dans le fleuve", image-t-il.
Non loin, Nina Belova, une retraitée, se dit davantage préoccupée par sa vie au quotidien en temps de guerre que par les nouvelles du front.
"L'ascenseur chez moi ne marche plus depuis le premier jour de la guerre, et j'habite au neuvième étage", peste cette dame de 78 ans. "Dans quel état est-ce que je peux être? Je ne suis qu'un paquet de nerfs", dit-elle.
A.S.Diogo--PC