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JO-2024: nager dans la Seine, longtemps une chimère, presque une réalité
Se baigner dans la Seine et la Marne: le vieux "rêve", longtemps raillé par les Parisiens, est en passe de devenir réalité grâce au gros coup d'accélérateur des Jeux olympiques de 2024, même si certains observateurs restent sceptiques.
Formulée en 1990, la promesse de Jacques Chirac, alors maire de Paris, de se baigner "d'ici trois ans" dans la Seine n'a jamais été tenue.
Mais trois décennies plus tard, Etat, Ville de Paris et autres collectivités locales, de tous bords politiques, ont injecté environ 1,4 milliard d'euros dans un "plan baignade" afin de "réaliser ce rêve", selon l'expression de l'actuelle maire Anne Hidalgo.
Disputées entre les Invalides et la Tour Eiffel, les épreuves de natation en eau libre et du triathlon doivent marquer un nouveau départ des relations entre le grand public et le fleuve, interdit à la baignade depuis un siècle (1923). Est prévue l'ouverture d'une vingtaine de zones de baignade en Île-de-France dans les années qui suivront.
Dans Paris même, quatre sites sont à l'étude.
Le nombre et l'emplacement de ces "stations" sera défini "en héritage des Jeux, à l'horizon de la fin 2024", a affirmé Amélie Oudéa-Castéra, la ministre des sports et des JO, fin février en visitant la station de dépollution des eaux pluviales de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne).
Dans cette commune de l'est parisien qui comptait encore une plage noire de monde dans les années 1960, selon une photo d'archives, ce chantier à 45 millions d'euros doit permettre la rétention et le traitement aux ultraviolets avant le rejet dans la Marne des eaux pluviales mélangées aux eaux usées.
- Environ 30.000 mauvais branchements -
Car ces eaux de pluie sont polluées en amont par des mauvais branchements "d'à peu près 30.000 foyers diagnostiqués" dont les eaux usées "vont directement dans la Marne ou la Seine", résume François-Marie Didier, le président du syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne (Siaap).
Empêcher que ce cocktail ne souille le fleuve, c'est aussi l'objectif du bassin de stockage d'Austerlitz, construit près de la gare parisienne afin que "les égouts ne débordent pas", résume l'adjoint chargé des JO et de la Seine, Pierre Rabadan.
L'aménagement, pour 264 millions d'euros, du collecteur VL8, dans le sud de l'agglomération parisienne, fait aussi partie des efforts pour renforcer l'assainissement, tout comme le travail de fourmi qui consiste à accompagner les particuliers pour corriger leurs mauvais branchements.
Dans le Val-de-Marne, "on doit être à une bonne moitié" de particuliers désormais bien raccordés, estime le président du département Olivier Capitanio.
La préfecture d'Ile-de-France (Prif), qui chapeaute avec la Ville de Paris le plan baignade, porte l'objectif "d'effacer en 2024 les trois quarts de la pollution" liée aux mauvais branchements.
"Si on atteint cet objectif de 75%, il doit être possible de se baigner dans la Seine", ajoute la Prif.
Basée sur une directive européenne de 2006, la règlementation requiert l'analyse microbiologique de deux bactéries fécales, l'escherichia coli et les entérocoques intestinaux.
"L'été dernier, l'ensemble des prélèvements quotidiens étaient satisfaisants ou excellents 7 jours sur 10. Et ça, c'est avant tous les travaux en cours", souligne Pierre Rabadan, pour qui la proportion est montée à 92% sur la période olympique, entre fin juillet et début août.
L'adjoint n'exclut toutefois pas "des aléas" comme de gros orages qui entraîneraient des rejets d'eaux polluées. Dans ce cas, les organisateurs ont "deux-trois jours de marge" pour décaler les épreuves, indique-t-il.
"Il faut espérer qu'il ne pleuve pas du tout dans les trois jours avant les JO", dit Françoise Lucas, chercheuse en microbiologie à l'université Paris-Est Créteil. Or, l'été 2021 "était très humide", rappelle-t-elle.
- 34 espèces de poissons -
Michel Riottot, président d'honneur de l'association France Nature Environnement (FNE) Île-de-France, est très sceptique vis-à-vis du traitement par acide performique développé à Valenton (Val-de-Marne), l'une des deux stations d'épuration du Siaap en amont de Paris, craignant des "destructions massives dans l'écosystème" si l'acide venait à s'échapper.
Ce traitement est "bien plus efficace que les désinfectants chimiques", répond le Siaap, qui rappelle que "les rejets d'ammonium, principal paramètre de pollution, ont été divisés par 20 depuis 1997".
Résultat, "il y a 34 espèces de poissons dans la Seine et 37 dans la Marne, alors qu'il y en avait 3 dans les années 1990", se félicite son président, François-Marie Didier.
Quant à la leptospire, autre bactérie potentiellement mortelle, "les cas de transmission restent limités" et "il n'y a pas plus de risque dans la Seine qu'ailleurs", estime le Centre national de référence de la leptospirose, basé à l'Institut Pasteur.
"Cela ne devrait donc pas impacter le déroulement des Jeux", conclut le laboratoire.
G.M.Castelo--PC