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Joe l'Irlandais: comment Biden use et abuse de ses origines
"Je suis Irlandais!" Joe Biden, qui s'apprête à passer quelques jours sur la terre de ses ancêtres, revendique ses racines avec une ferveur teintée d'intérêt politique bien senti.
"La BBC? Je suis Irlandais!" Cette vidéo non datée, dans laquelle le président américain éconduit avec le sourire un journaliste britannique, a eu un franc succès sur internet.
Pour le démocrate de 80 ans, deuxième président catholique de l'histoire américaine après John Fitzgerald Kennedy, toutes les occasions de rappeler ses origines sont bonnes.
Quand l'équipe de rugby irlandaise bat les redoutables All Blacks en novembre 2021, il décroche son téléphone pour les féliciter.
En octobre 2020, dans l'un de ses derniers clips de campagne, Joe Biden lit un poème du Prix Nobel de littérature irlandais Seamus Heaney.
Bien sûr, le président des Etats-Unis n'a pas de passeport irlandais. Et il est d'origine britannique du côté paternel.
- Famine -
Mais, en public, Joe Biden n'évoque généralement que ses ancêtres maternels, une lignée que le "Irish Family History Centre" a très officiellement retracée, à sa demande.
Ses ancêtres ont quitté les comtés de Mayo (ouest) et de Louth (est) au milieu du XIXème siècle, fuyant comme tant d'autres une Irlande ravagée par la famine, pour finalement s'établir en Pennsylvanie (est), à Scranton, le berceau familial du président américain.
Joe Biden va donc faire le chemin à l'envers. Son voyage prévoit des étapes à Belfast mardi, pour commémorer la signature il y a 25 ans des accords de paix sur l'Irlande du Nord, et à partir de mercredi une séquence très officielle à Dublin.
Mais la Maison Blanche a aussi organisé des haltes plus personnelles sur les terres de ses ancêtres, comme déjà en 2016, quand Joe Biden était allé en Irlande en tant que vice-président.
Ira-t-il à nouveau dans ce pub de village fondé par sa famille? Si oui, pas de pinte de bière pour Joe Biden: "Je suis le seul Irlandais qui n'ait jamais bu une goutte d'alcool", plaisantait-il récemment.
Le démocrate, qui semble déjà en campagne pour 2024 même s'il refuse de le dire officiellement, s'est promis de revigorer le "rêve" américain, de redonner espoir et confiance à ses compatriotes. Quoi de mieux pour cela que de s'appuyer sur un récit volontiers lyrique de l'émigration irlandaise?
Dans un discours en 2013, marquant son admission dans le "Irish America Hall of Fame", il évoquait l'histoire de sa famille pour mieux vanter les Etats-Unis, cette terre de "possibilités pour ceux qui sont prêts à travailler dur et à respecter les règles", et pour affirmer le droit à la "dignité" - des références encore aujourd'hui incontournables dans ses discours.
- Imaginaire américain -
"C'est un récit des origines puissant, qui puise dans l'imaginaire de l'Amérique", analyse pour l'AFP Coilin Parsons, directeur des études irlandaises à l'université de Georgetown.
L'octogénaire à la vie privée semée de deuils - Joe Biden a perdu deux enfants - et à la vie politique rempli d'échecs cuisants, explique souvent qu'il a puisé la force de rebondir à deux sources: sa foi et ses valeurs familiales.
Le 17 mars dernier, en commémorant la fête nationale irlandaise, il confiait que son grand-père maternel lui avait livré cette devise: "Joey, ne plie jamais, ne t'incline jamais, ne t'agenouille jamais, ne t'avoue jamais vaincu."
L'attachement viscéral de Joe Biden, président volontiers sentimental et parfois un brin soupe-au-lait, à cet héritage irlandais a évidemment aussi une dimension politique.
"Aucun autre pays n'a ce niveau de considération" aux Etats-Unis, commente Coilin Parsons, en rappelant que depuis 1952, un représentant du gouvernement irlandais est reçu chaque année à la Maison Blanche et au Congrès pour la Saint Patrick.
Plus de 30 millions d'Américains revendiquent des racines irlandaises et "le vote irlando-américain compte encore aujourd'hui dans des Etats stratégiques tels que la Pennsylvanie et l'Ohio", poursuit-il.
Pour l'universitaire, le voyage de Joe Biden ne sera toutefois pas seulement une évocation du passé et du folklore.
"Il y a les trèfles et les danses traditionnelles, mais de plus en plus l'Irlande raconte une autre histoire".
"A un moment de tournant conservateur aux Etats-Unis, l'Irlande est ce pays qui a contesté l'influence de l'Eglise catholique" pour autoriser le mariage homosexuel, fait-il notamment valoir.
Joe Biden lui-même, bien que catholique fervent, est devenu un défenseur convaincu du droit à l'avortement face aux attaques de la droite américaine religieuse.
N.Esteves--PC