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A la veille de la clôture, la COP27 coince toujours sur les finances
Les pays en développement ont présenté un front uni jeudi, pour exiger un financement pour compenser les ravages que leur cause déjà le changement climatique, un sujet brûlant sur lequel butent les négociations, à un jour de la fin prévue de la COP27.
"Retarder la justice climatique serait un déni de justice", a lancé la ministre pakistanaise du Changement climatique, Sherry Rehman, au nom du puissant groupe de négociation G77+Chine, qui a déposé un projet de résolution sur la création immédiate d'une facilité financière dédiée à ces "pertes et dommages".
"Nous voulons au strict minimum une déclaration politique d'intention", a-t-elle dit lors d'une conférence de presse commune avec les représentant des autres groupes de pays en développement, Pays moins avancées (PMA), petits Etats insulaires (Aosis) et Alliance indépendante d'Amérique latine et des Caraïbes (Ailac). Elle a toutefois exclu que ces groupes claquent la porte des pourparlers, estimant que ce serait "prématuré".
- Cercle vicieux -
"Les pertes et dommages sont un cercle vicieux qui doit être brisé. Le lieu pour le faire, c’est ici. Le temps pour le faire, c'est maintenant, à cette COP27", a insisté au nom des PMA le ministre sénégalais de l'Environnement Alioune Ndoye.
Les Etats-Unis et l'Union européenne sont très réticents, mais l'UE a joué l'ouverture mercredi en annonçant plus d'un milliard d'euros de financements pour l'adaptation en Afrique, dont 60 millions pour les pertes et dommages.
Le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, a également proposé de raccourcir les discussions sur le financement des pertes et dommages à un an, au lieu de deux.
Il a dans le même temps insisté sur le fait que, si jamais la décision de créer un fonds spécifique était adoptée, la Chine, premier pollueur et deuxième puissance économique mondiale, devrait faire partie des contributeurs. "Si la COP échoue, nous perdrons tous," a-t-il insisté jeudi.
Le sujet des pertes est rendu plus sensible encore par la multiplication des événements extrêmes dévastateurs, illustrée par le cortège d'inondations, sécheresses ou incendies géants de l'année en cours.
Les pays pauvres, souvent en première ligne, sont les moins responsables du réchauffement climatique et ils réclament désormais un mécanisme financier spécifique sur ces dommages, auquel les riches sont très réticents.
Les discussions financières se déroulent dans un contexte de grande méfiance, les pays riches n'ayant jamais tenu un engagement de 2009 de porter à 100 milliards par an les financements de l'adaptation au dérèglement climatique et de la réduction des émissions de gaz à effet de serre à destination des pays en développement.
- Milliers de milliards -
Les sommes pour l'instant sur la table pour ces différents secteurs sont dérisoires par rapport aux besoins estimés, qui se chiffrent de l'avis général en milliers de milliards.
La présidence de la COP égyptienne a de son côté fait circuler un document de travail en vue d'une déclaration finale qui ne mentionne rien de concret sur les sujets contentieux des finances.
Il propose toutefois des éléments sur certains autres dossiers importants.
Sur l'ambition climatique, il réaffirme ainsi l'objectif de limiter si possible le réchauffement à 1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle, objectif le plus ambitieux de l'accord de Paris de 2015.
L'Arabie saoudite et la Chine étaient réticents à cette mention, selon des observateurs des négociations à Charm el-Cheikh. Mais elle a finalement été reprise dans le communiqué final du sommet du G20 à Bali, dont ces deux pays sont membres, et se retrouve donc dans le projet.
Le texte souligne également que les engagements actuels de diminution des rejets de gaz à effet de serre des différents pays sont loin de permettre de tenir cet objectif et appelle une nouvelle fois à les relever. Selon les analyses de l'ONU, les engagements actuels permettent au mieux de limiter le réchauffement à 2,4°C d'ici à la fin du siècle.
Sur le volet énergétique, le projet fait une large et inédite place aux renouvelables. Et reprend le langage difficilement négocié l'an dernier à la COP de Glasgow appelant à "intensifier les efforts vers la réduction du charbon sans systèmes de capture" de CO2.
Il ne mentionne pas une telle réduction pour le pétrole et le gaz, comme le réclament de nombreux pays, mais seulement celle des "subventions inefficaces aux énergies fossiles", ainsi que l'a fait le G20 de Bali.
La conférence doit théoriquement s'achever vendredi, mais les COP se poursuivent en général au delà des délais prévus.
A.F.Rosado--PC