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Son DG démissionnaire appelle la BBC à "se battre" pour défendre son journalisme
Le directeur général démissionnaire de la BBC Tim Davie a appelé mardi le groupe à "se battre" pour défendre son journalisme, après les menaces de Donald Trump de poursuite en diffamation envers le groupe audiovisuel public britannique pour un montage trompeur de l'un de ses discours.
"Nous devons nous battre pour défendre notre journalisme", "nous sommes une organisation unique et précieuse, et je vois la liberté de la presse mise à rude épreuve", a déclaré Tim Davie, qui s'exprimait pour la première fois devant les employés de la BBC depuis l'annonce de sa démission dimanche en raison de la polémique.
Il a aussi reconnu "un manquement à nos règles éditoriales" devant les salariés.
Les avocats du président américain - qui a qualifié dimanche les journalistes de la BBC de "corrompus" et "malhonnêtes" sur son réseau Truth Social - ont donné jusqu'à vendredi 22H00 GMT au groupe pour retirer le documentaire incluant le montage trompeur diffusé en octobre 2024 et présenter ses excuses.
A défaut, ils réclameront en justice pas moins d'un milliard de dollars de dommages et intérêts, selon le courrier qu'ils ont envoyé à la BBC.
Le groupe audiovisuel, véritable institution au Royaume-Uni mais secoué ces dernières années par plusieurs polémiques, a indiqué qu'il allait "examiner" ce courrier et y "répondre directement en temps voulu".
La ministre de la Culture Lisa Nandy doit s'exprimer mardi après-midi devant les députés.
Le président du conseil d'administration de la BBC, Samir Shah, a présenté lundi les excuses de la BBC et reconnu "une erreur de jugement", sans s'adresser explicitement à Donald Trump.
L'affaire a déjà coûté leur poste au directeur général Tim Davie et à la patronne de la chaîne d'information BBC News Deborah Turness.
Outre la BBC, la polémique est embarrassante pour le gouvernement travailliste de Keir Starmer, qui s'enorgueillit d'avoir établi de bonnes relations avec l'administration Trump.
Le Premier ministre a défendu lundi la BBC, soulignant son "rôle vital dans une ère de désinformation", en appelant néanmoins l'institution à "maintenir une grande qualité".
Son porte-parole a cependant refusé mardi tout commentaire sur une possible action en justice. "C'est à la BBC de répondre sur les questions éditoriales, et nous avons une relation étroite avec les Etats-Unis sur nos priorités communes", a-t-il indiqué.
- "Attaques" de la droite -
L'affaire a aussi relancé le débat sur le financement de la BBC, qui tire l'essentiel de ses revenus de la redevance, et révélé les tensions croissantes au sein du conseil d'administration de la BBC, partiellement nommé par le gouvernement.
Certains membres issus de la droite conservatrice accusent les programmes d'information d'être partiaux sur des sujets comme la guerre à Gaza, les droits des personnes transgenres et Donald Trump.
Le journaliste Nick Robinson, présentateur phare de la radio BBC 4, a déploré sur X qu'"une majorité des membres du conseil de la BBC semblent d'avis (...) qu'il existe un problème de partialité institutionnelle qui se reflète dans la couverture médiatique" de certains sujets. Des accusations de partialité rejetées par plusieurs dirigeants de la BBC.
Pour l'ancien président de la BBC Richard Tait, la BBC fait l'objet "d'attaques sans répit" des conservateurs et du parti d'extrême droite Reform UK, qui ont "contribué à saper la confiance du public".
Le député conservateur chargé de la culture Nigel Huddleston a encore jugé mardi sur Times Radio que le traitement de l'actualité à la BBC avait "de vrais problèmes, et ne respect(ait) notamment pas son devoir d'impartialité".
Il a appelé Keir Starmer à parler au président américain pour éviter une action en justice.
Donald Trump a multiplié les menaces et poursuites contre les médias américains, mais une procédure contre la BBC serait difficile à défendre devant un tribunal, selon plusieurs experts.
Le président américain envisage d'ouvrir une procédure en Floride, où il réside, le délai d'un an après l'infraction supposée pour déposer plainte en diffamation au Royaume-uni étant dépassé.
La loi américaine est plus protectrice de la liberté d'expression, et la BBC n'a qu'une "très faible audience" aux Etats-Unis, souligne auprès de l'AFP l'avocat spécialiste en droit des médias Matthew Gill.
En revanche, elle permet de réclamer des dommages et intérêts bien plus importants.
E.Paulino--PC