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Procès Péchier: l'anesthésiste fixé vendredi sur la peine demandée à son encontre
Décrit par l'accusation comme "l'un des plus grands criminels de l'histoire judiciaire française", il encourt la perpétuité, mais clame son innocence: l'anesthésiste Frédéric Péchier, jugé depuis trois mois à Besançon pour 30 empoisonnements dont 12 mortels, connaîtra vendredi la peine requise à son encontre.
Depuis jeudi, les deux représentantes du ministère public, Thérèse Brunisso et Christine de Curraize, se sont efforcées de convaincre les jurés que, dans cette "affaire totalement hors norme", marquée par "le tabou social du meurtre médical", "tout désigne" le médecin de 53 ans comme coupable.
L'accusé "n'est évidemment ni Guy Georges, ni Michel Fourniret, il n'en est pas moins un tueur en série", a insisté Thérèse Brunisso, "certaine de sa culpabilité".
Qualifié de "menteur" et "manipulateur", d'homme "prêt à tout pour sauver sa peau" quitte à accuser "tout le monde", Frédéric Péchier est un "criminel qui a utilisé la médecine pour tuer", ont martelé jeudi les deux magistrates, lors de cette première journée consacrée aux réquisitions.
Selon elles, l'anesthésiste a pollué des poches de perfusion avec du potassium, des anesthésiques locaux, de l'adrénaline ou encore de l'héparine, pour provoquer un arrêt cardiaque ou des hémorragies chez des patients pris en charge par des confrères.
Toujours selon le parquet, il aurait agi pour nuire à des collègues avec lesquels il était en conflit, mais aurait commis "trop d'erreurs" qui ont permis de le confondre, notamment lors du dernier cas, celui d'un patient de 70 ans empoisonné en janvier 2017.
- L'accusé imperturbable -
Pour porter l'accusation, les deux avocates générales se sont relayées toute la journée de jeudi.
Après un exposé général sur l'ensemble du dossier, elles ont commencé à disséquer en détails chacun des 30 cas et plaidé, à chaque fois, pour que les jurés déclarent Frédéric Péchier coupable de ces faits.
En outre, elles ont estimé que, dans chaque dossier, une circonstance aggravante était constituée, soit parce que le crime aurait été prémédité, soit parce que commis sur une personne vulnérable.
Pendant cet exposé implacable, Frédéric Péchier est resté imperturbable, relisant ses notes, écoutant attentivement, aux côtés de sa sœur et de Randall Schwerdorffer, ses deux conseils.
Ces réquisitions ne constituent "pas une surprise", a commenté jeudi après l'audience Me Schwerdorffer.
Depuis le début de l'enquête, a-t-il rappelé, "deux thèses frontales s'entrechoquent" dans ce dossier, l'accusé ayant toujours affirmé son innocence. Depuis l'ouverture du procès, où il comparaît libre, il a admis qu'un empoisonneur avait bien sévi dans l'une des deux cliniques privées où il a travaillé, mais a constamment répété qu'il n'était pas cet empoisonneur.
A quelques jours du verdict - attendu au plus tard le 19 décembre, après un procès long et "très fatigant" -, "je ne crains rien du tout", a affirmé l'avocat de la défense.
Lundi, "on développera notre argumentaire en défense", pour plaider l'acquittement. "Je n'ai aucun doute que la cour d'assises écoutera cet argumentaire et j'espère qu'il sera entendu", a insisté Me Schwerdorffer.
Interrogé par les journalistes sur les mots des avocates générales, qui voient en lui un "serial killer", Frédéric Péchier a répondu de manière lapidaire: "C'est leur avis. On verra à la fin."
H.Silva--PC