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Crimes en RDC: réclusion à perpétuité requise contre l'ex-rebelle congolais Lumbala
L'accusation a réclamé vendredi à Paris la réclusion criminelle à perpétuité contre l'ex-chef rebelle congolais Roger Lumbala pour complicité des crimes contre l'humanité commis par ses soldats, dont il fut "l'une des têtes pensantes" il y a près d'un quart de siècle en RDC.
Pour les organisations de défense des droits humains, ce procès "historique" est l'occasion de mettre à mal l'impunité dont bénéficient les belligérants dans l'est de la République démocratique du Congo où les combats se poursuivent malgré un accord "pour la paix" entériné à Washington début décembre.
Mais l'audience a été désertée par l'accusé, 67 ans, détenu depuis son arrestation en décembre 2020: lui déniant toute légitimité, il a refusé dès le premier jour de revenir devant la cour d'assises de Paris, qui rendra lundi son verdict.
Un des avocats généraux, Nicolas Péron, a conforté les jurés: Lumbala leur fait faux bond uniquement parce qu'il est "devant un problème qu'il ne pensait pas devoir rencontrer un jour, il est devant la justice".
Viols utilisés comme armes de guerre, esclavage sexuel, travail forcé, tortures, mutilations, exécutions sommaires, pillage systématique, racket, captation des ressources (diamants, coltan...): durant un mois, la cour a écouté le récit d'exactions commises en 2002-2003 lors de l'opération "Effacer le tableau", menée dans le nord-est du pays par le RCD-N, le groupe rebelle de Lumbala, soutenu par l'Ouganda voisin et allié au MLC de l'actuel ministre congolais des Transports, Jean-Pierre Bemba.
Dans la cohorte des guerres que se livrent depuis trois décennies de nombreuses factions notamment pour le contrôle des ressources naturelles, avec l'implication de pays voisins comme l'Ouganda et le Rwanda, "Effacer le tableau" a été "un paroxysme d'horreur", "une orgie sans précédent de violences et de pillages", a témoigné Hervé Cheuzeville, un travailleur humanitaire.
- L'ombre de Bemba -
Durant le procès, un homme a ainsi expliqué comment son frère avait été amputé de l'avant-bras puis exécuté après avoir été incapable de manger son oreille sectionnée; des femmes ont livré le récit de viols par des soldats, souvent collectifs et sous les yeux de parents, d'époux, d'enfants.
Les victimes étaient majoritairement nande ou pygmées bambuti, groupes ethniques accusés par les assaillants de pencher du côté d'une faction rivale.
Tenu au titre du principe de la compétence universelle que s'octroie la France pour les crimes contre l'humanité, ce procès fera date. Trois chefs de guerre, Thomas Lubanga, Germain Katanga et Bosco Ntaganda, ont certes été condamnés par la Cour pénale internationale.
Mais aucune cour nationale étrangère n'a jusqu'à présent condamné pour des atrocités commises dans l'est de la RDC lors de ce que le Prix Nobel de la Paix 2018, Denis Mukwege, décrit dans son ouvrage "La Force des femmes" comme le "conflit le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale".
Durant l'enquête, Roger Lumbala, éphémère ministre en 2004, s'est présenté en politique sans prise sur le champ de bataille.
Faux, réplique l'autre avocate générale Claire Thouault: Roger Lumbala a rempli "le rôle d'un chef politico-militaire". Il "avait une position d'autorité" sur ses troupes, se vantait dans la presse de conquêtes militaires, posait en uniforme, tenait des meetings, avait "connaissance des exactions" pour lesquelles il a d'ailleurs pu s'excuser auprès de la population.
Au-delà de son inaction pour que cessent les atrocités, il y "a aussi directement participé" en assurant "un financement pour l'armement et le ravitaillement basique des troupes", avec le fruit du racket, selon la magistrate.
"Séparer le politique du militaire", c'est une "escroquerie intellectuelle", renchérit Nicolas Péron: l'opération "Effacer le tableau" était "pensée, planifiée, dirigée" par "des politiciens ambitieux", en lien avec des militaires.
Dans un contexte de négociations à Kinshasa, cette offensive était bien la "principale préoccupation de Roger Lumbala et de Jean-Pierre Bemba". N'ayant pas sa résidence en France à l'inverse de Roger Lumbala, le second ne peut y être poursuivi au titre de la compétence universelle dans ce dossier.
E.Paulino--PC