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Ukraine: à Slavoutytch, cité vestige de l'URSS, les déplacés de Tchernobyl accueillent ceux de l'invasion russe
C'est la dernière cité "idéale" construite par l'URSS. Fondée en 1986 pour héberger les déplacés de la catastrophe de Tchernobyl, la ville de Slavoutytch, dans le nord de l'Ukraine, accueille désormais des centaines de naufragés de guerre.
Bâtie avec tous les équipements typiques de l'urbanisme soviétique, Slavoutytch devait symboliser l'effort de toute l'URSS pour affronter la pire catastrophe nucléaire de l'Histoire.
Après le désastre du 26 avril 1986, des centaines de milliers de personnes vivant dans les zones contaminées en Ukraine, au Bélarus et en Russie ont été évacuées, pour toujours.
La population de Pripyat, où vivaient les employés de la centrale et leurs familles, a notamment été relogée à Slavoutytch.
"Tous les habitants âgés de plus de 39 ans sont des déplacés internes", résume le maire, Iouriy Fomitchev, 50 ans, auprès de l'AFP.
"Ici, les gens ont traversé tout ça et ils nous comprennent", confirme Olga, 50 ans, qui préfère ne pas donner son nom de famille.
Cette femme à la voix très douce, qui vit avec sa mère âgée et handicapée, vient de recevoir un appartement flambant neuf.
Il y a quatre ans, Olga a fui la ville d'Enegodar qui héberge les travailleurs d'une autre centrale nucléaire ukrainienne: celle de Zaporijjia, sous occupation russe depuis mars 2022.
Après avoir vécu un an et demi dans la grande ville de Zaporijjia, toujours sous contrôle ukrainien, et avoir été logée par une autre famille, Olga est arrivée à Slavoutytch en 2024.
Actuellement, 1.265 déplacés de guerre y vivent, précise à l'AFP Mykola Kalachnyk, le chef de l’administration de la région de Kiev, où se trouve Slavoutytch.
Il s'agit d'une infime partie des 3,7 millions de déplacés internes que compte l'Ukraine, selon l'ONU, mais leur présence y est particulièrement symbolique.
- "Amitiés des peuples" -
A sa naissance, Slavoutytch était censée illustrer l'idéal communiste de "l'amitié des peuples" dans une URSS alors secouée par de graves crises qui ont finalement mené à son effondrement en 1991.
Des ouvriers et des architectes de huit républiques soviétiques (estonienne, lituanienne, lettonne, géorgienne, arménienne, azerbaïdjanaise, ukrainienne et russe) ont participé à sa construction en un temps record.
Elle dispose des infrastructures typiques de l'utopie urbaine soviétique: une salle de spectacle massive, plusieurs écoles, un stade, un hôpital et des blocs d'immeubles résidentiels.
Mais après la dislocation de l'URSS puis la fin de la production d'électricité à la centrale de Tchernobyl, en 2000, de nombreux habitants ont perdu leur travail et ont quitté la ville, entraînant son déclin.
Elle ne compte aujourd'hui qu'environ 20.000 personnes alors qu'elle pouvait en accueillir jusqu'à 50.000.
Ces dernières années, plusieurs bâtiments de Slavoutytch étaient à l'abandon.
Jusqu'à l'invasion russe à grande échelle.
Fin mars 2022, Slavoutytch fut occupée par les forces de Moscou pendant plusieurs jours, alors qu'elles se retiraient après avoir échoué à prendre Kiev.
La guerre, qui se poursuit, entraîne des mouvements de population permanents en Ukraine, du fait des destructions causées par les bombes et l'avancée des troupes russes dans certaines parties du front.
"Toutes les familles en Ukraine sont touchées d'une façon ou d'une autre par les déplacements internes", indique à l'AFP Bernadette Castel-Hollingsworth, la représentante en Ukraine du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.
En plus du traumatisme de la perte de leur maison, les déplacés se retrouvent fréquemment sans papiers officiels et ont besoin d'une aide juridique importante, explique-t-elle.
A Slavoutytch, le bâtiment d'un jardin d'enfants et celui d'un pavillon de l'hôpital ont été rénovés et transformés en appartements pour déplacés, grâce à la collaboration de l'ONU, des autorités et d'ONG.
Kateryna Romanenko, 40 ans, a quitté Bakhmout, une cité de la région de Donetsk capturée en 2023 par Moscou après une bataille infernale de plusieurs mois.
Elle vient de recevoir son premier logement à Slavoutytch. En quatre ans de guerre, "c'est l'émotion la plus positive" qu'elle ait ressentie. Pas de loyer à payer, seulement les charges.
Face à cette répétition de l'Histoire, Olena Tolstova, 74 ans, petite dame souriante aux cheveux teints en rouge, ressent de la douleur.
"Je veux rentrer chez moi", dit-elle. "Là-bas, j'ai mon appartement, ma datcha, vous comprenez?", poursuit cette pharmacienne à la retraite, veuve, qui a également quitté Energodar.
Elle vit actuellement dans un dortoir de l'hôpital de Slavoutytch, seule, après avoir été hébergée pendant plusieurs mois par une proche qui travaillait à la centrale de Tchernobyl. Olena a vécu avec elle en bonne intelligence et, souligne-t-elle, en suivant le principe de "l'amitié des peuples".
G.Machado--PC