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Rodéos urbains: entre passion et répression, la "bike life" revendique sa place
Faire du rodéo urbain, "ce n'est pas de la délinquance, c'est une passion". Pour Hakim, comme pour de nombreux jeunes en France, ces rassemblements de motos et scooters relèvent avant tout d'une passion revendiquée pour les deux-roues.
"Nous, ce qu'on veut, c'est faire de la bécane, peu importe l'endroit, la nuit ou le jour. C'est comme un sport, c'est notre passion", explique à l'AFP le jeune homme de 21 ans (qui n'a pas souhaité donner son nom de famille), adepte de la pratique depuis l'adolescence.
"Le rodéo urbain, c'est le mot que l'État a donné au cross bitume", poursuit le natif de Toulouse, qui revendique plutôt le terme de "bike life".
Popularisée aux États-Unis au début des années 1990, la "bike life" désigne une culture urbaine autour des figures et rassemblements à moto dans l'espace public.
Face à la multiplication des nuisances et des accidents, voire des décès, les autorités ont renforcé la répression ces dernières années. Entre janvier et avril 2025, les forces de l'ordre ont mené 14.200 opérations anti-rodéo en France, avec près de 2.000 interpellations et environ 1.300 véhicules saisis.
Cette politique de répression s'inscrit dans la continuité de la loi de 2018 contre les rodéos urbains, qui a transformé ces pratiques en délit spécifique passible d'un an de prison et de 15.000 euros d'amende. Un rapport sénatorial propose de porter les sanctions à trois ans d'emprisonnement pour rodéo motorisé en réunion.
Dans son projet de loi intitulé "Ripost", examiné à partir de lundi au Sénat, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez prévoit lui une amende forfaitaire délictuelle (AFD) de 800 euros, immédiate, face à des "comportements (qui) exaspèrent les riverains".
"Faire du foot ou du tennis en bas d'un bâtiment, c'est bruyant aussi. Pourtant, on a créé des terrains. Alors pourquoi pas pour la moto ?", questionne Hakim, qui plaide pour la création d'espaces adaptés afin de pratiquer "en sécurité".
"Pour moi, si tu mets ton casque et tes gants et que tu respectes un minimum la circulation, on ne devrait pas te faire chier", martèle-t-il, assurant être "chassé" même lorsqu'il roule "dans la colline ou dans la forêt".
- "Pas des fous"
Pour le sociologue Fabien Jobard, les rodéos peuvent aussi constituer "un moyen de valorisation sociale, de sociabilité masculine" et "d'affirmation identitaire pour certains jeunes hommes".
Le chercheur estime également que les réseaux sociaux ont contribué ces dernières années à banaliser l'illégalité de ces rassemblements.
Sur TikTok, certaines vidéos de rodéos urbains cumulent plusieurs milliers de vues et montrent des groupes de jeunes réalisant des roues arrière ou des figures sur la voie publique, accompagnées de slogans comme: "J'oublie tout sur la bécane".
Avec l'arrivée des beaux jours, les sessions se multiplient, comme pour Enzo, 24 ans, qui souhaite saisir l'occasion: "On a des groupes sur Snapchat, on envoie +qui veut rouler ?+, et on y va".
Pour lui comme pour Hakim, un même sentiment revient régulièrement: celui d'être incompris. Pourtant, ils assurent vouloir pratiquer sans mettre en danger la vie d'autrui. "On n'est pas des fous à aller rouler dans des parcs d'enfants, on sait ce qu'on fait", explique Enzo qui participe à ces rassemblements depuis plus de dix ans.
Pour cet habitant de Seine-Saint-Denis, il faudrait créer "un circuit" avec "un abonnement à 30 ou 40 euros par mois, comme à la salle de sport".
Pour permettre aux adeptes d'acrobaties à moto de rouler "en toute légalité et sécurité", l'association SOS Rodéo, créée il y a quatre ans et affiliée à la Fédération française de motocyclisme, souhaite faire reconnaître officiellement cette pratique comme un sport.
"Nous souhaitons rétablir le dialogue entre la police et les jeunes et prévenir des dangers liés aux rodéos urbains", explique l'association à l'AFP.
Pour cela, l'organisation loue "des circuits et des terrains privés ou publics dans toute la France" afin de permettre aux jeunes de "rouler sereinement" et de "changer les mentalités".
Malgré l'obtention des assurances nécessaires pour organiser ces événements, l'association affirme essuyer régulièrement des refus de certaines communes, qui associent encore cette pratique à celle des "voyous".
H.Silva--PC