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Hantavirus : autour d'Ushuaïa indifférente, la chasse au rat et à l'insaisissable virus
Dans l'indifférence des touristes comme de la population locale, contrastant avec l'alarme mondiale d'il y a deux semaines, des scientifiques argentins capturent en Terre de Feu des rongeurs par dizaines, en quête d'un potentiel vecteur d'hantavirus autour d'Ushuaïa, d'où était parti le navire Hondius.
Portant gants et masques de protection, des biologistes locaux et de l'Institut Malbran arrivés de Buenos Aires ont relevé mardi matin des dizaines de pièges posés la veille au soir dans diverses zones boisées autour d'Ushuaïa, dont le Parc national de la Terre de Feu, dans l'extrême sud de l'Argentine.
Les experts, a constaté l'AFP, ont placé les cages dans de grands sacs pour emporter les rongeurs aux fins d'analyses. Aucun scientifique n'a communiqué aux journalistes présents mais "le piégeage a très bien fonctionné. Ils ont capturé ce qu'ils espéraient", autour de 70 spécimens, a assuré à l'AFP une source sanitaire locale.
L'animal ciblé est un rat à longue queue, un petit rongeur sylvestre à l'activité nocturne.
Des échantillons de sang et de tissus seront ensuite prélevés puis envoyés pour analyse au Malbran, l'institut argentin de référence en infectiologie et en épidémiologie.
Plusieurs portent des gants et des masques à Ushuaïa. Mais c'est plutôt pour se protéger du froid que d'un hypothétique virus, en ce début d'hiver austral, par cinq degrés, sous un ciel de plomb.
Et si le tourisme tourne au ralenti, entre la saison des croisières (septembre à avril) et celle des sports d'hiver, des catamarans offrent tout de même des excursions de quelques heures sur le canal de Beagle, un bras de mer glacé entre Argentine et Chili.
"On a entendu parler du cas du navire de croisière (Hondius) mais il ne nous est même pas venu à l'esprit d'annuler notre voyage", a déclaré à l'AFP Maria Julia Tadeo, une avocate argentine de 43 ans en provenance de Buenos Aires.
Avec ses filles adolescentes, elle s'apprête à embarquer sur un catamaran dans l'espoir d'apercevoir des rorquals boréaux ou des baleines à bosse, deux espèces qui fréquentent la baie d'Ushuaia.
- "Les gens ici savent" -
Depuis la crise de l'Hondius, autorités de la Terre de Feu et scientifiques locaux se débattent farouchement contre l'hypothèse selon laquelle le début de la contamination à bord est originaire de là. Le "patient zéro", un Néerlandais, avait séjourné 48 heures à Ushuaïa avant d'embarquer.
La province de la Terre de Feu, martèlent-ils, n'a pas eu de cas d'hantavirus depuis que sa notification est devenue obligatoire, il y a 30 ans.
En revanche, la souche "Andes" de l'hantavirus, transmissible d'humain à humain (et identifiée dans le cas du navire), est présente dans des provinces andines d'Argentine bien plus au nord, comme celles de Rio Negro et de Chubut.
L'enjeu de la présente mission est manifeste pour le tourisme "du bout du monde", qui chaque année attire à Ushuaïa jusqu'à 400.000 visiteurs, près de la moitié drainés par les croisières (environ 500 escales par an).
"Il n'y a pas d'inquiétude comme il y en a eu pendant la pandémie de Covid-19. Les gens ici savent qu'il n'y a pas d'hantavirus à Ushuaïa", assure Alejandra Contreras, serveuse dans un restaurant du centre-ville.
Sous quatre semaines devraient être connus les résultats des analyses de la mission. Laissant entière, en cas de tests négatifs à l'hantavirus, la question de savoir où aurait pu être contaminé le "patient zéro" de l'Hondius. Lequel avait sillonné pendant quatre mois l'Argentine, avec des incursions au Chili et Uruguay.
F.Moura--PC