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A Bordeaux et Nice, des vents politiques plus favorables aux croisières
Ils étaient dans le collimateur des anciens maires, au nom de la défense de l'environnement ou du patrimoine: les paquebots de croisière sont de nouveau les bienvenus à Bordeaux et Nice, où les nouvelles équipes municipales insistent sur leur importance pour le tourisme local.
En Gironde, l'ancien édile écologiste, Pierre Hurmic, voulait déplacer l'accueil de ces "immeubles flottants" du cœur de Bordeaux vers un quartier plus excentré, pour des raisons esthétiques et les relier plus facilement à l'électricité afin de limiter la pollution engendrée, à quai, par leurs moteurs thermiques, au grand dam des commerçants locaux.
Changement de cap avec son successeur Thomas Cazenave (Renaissance) qui "ne souhaite pas transférer l'amarrage de ces navires", a confirmé à l'AFP le nouvel adjoint au tourisme, Fabien Robert.
L'élu invoque "plusieurs raisons", notamment "que le quai devrait être complètement reconstruit" et "que le tourisme fluvial et maritime rapporte plus de 50 millions d'euros de chiffre d'affaires par an à Bordeaux et à la Gironde".
La chambre de commerce et d'industrie avait, elle, estimé à seulement 1,5 million d'euros les dépenses réalisées par les quelque 38.000 croisiéristes des 49 escales enregistrées l'an dernier à Bordeaux, après une étude auprès de 1.200 passagers.
Fabien Robert balaye aussi les critiques environnementales. Trois enquêtes différentes "ont toutes conclu au caractère dérisoire, notamment par rapport à la circulation automobile, de la pollution atmosphérique induite par ces navires", dit-il.
- Zodiac contre paquebot -
"Globalement, l'impact des paquebots maritimes et fluviaux est faible sur la qualité de l'air dans les quartiers aux abords du port", avait ainsi écrit l'observatoire de la qualité de l'air Atmo Nouvelle-Aquitaine, dans une étude réalisée en 2022-2023.
Bordeaux n'accueille "que des petits et des moyens paquebots" et reste donc "très loin du sur-tourisme maritime", souligne Fabien Robert.
A Nice, le nouveau maire Eric Ciotti (UDR-RN) avait raillé pendant la campagne les postures de son prédécesseur Christian Estrosi, monté à bord d'un zodiac l'été dernier pour signifier à un navire géant qu'il n'avait pas le droit de mouiller dans la rade voisine de Villefranche-sur-Mer.
Invoquant "l'urgence climatique, la protection de la biodiversité marine, la promotion d'un tourisme raisonné et la protection du patrimoine", Christian Estrosi avait signé deux arrêtés en quelques mois, en tant que président de la métropole, pour interdire puis limiter le nombre de paquebots de plus de 2.500 passagers à Villefranche.
Mais le tribunal administratif a suspendu cette limitation, estimant que le préfet était seul compétent sur le sujet.
Celui-ci a d'ailleurs proposé, en octobre, un système de régulation du nombre de passagers, de navires et d'escales, qui a satisfait les acteurs économiques (commerçants, taxis...) mais pas Christian Estrosi. Ni le maire de Cannes, David Lisnard (Nouvelle Energie), en croisade depuis des années pour réguler les escales des géants des mers en face de la Croisette.
- Engouement persistant -
A peine élu, Eric Ciotti a, au contraire, endossé ce plan et résolu le contentieux devant le tribunal administratif, en insistant sur l'importance du tourisme dans l'économie locale.
L'engouement pour ces croisières, lui, ne faiblit pas malgré la crise au Moyen-Orient, qui a entraîné une flambée du prix du kérosène, ou la psychose provoquée par le foyer mortel d'hantavirus à bord du navire MV Hondius.
Le géant du secteur TUI n'a constaté "aucun impact sur les réservations".
Malgré des soubresauts, le marché français a enregistré en mars une hausse de 4,5% sur un an, indique Pierre Pelissier, président du site de vente en ligne croisieres.fr, qui évoque même "une croissance de 30 à 40% du nombre de réservations passagers" en avril.
Pour l'instant, "l'utilisation de contrats anticipés", comme l'a indiqué TUI à l'AFP, a permis aux principales compagnies de ne pas répercuter l'explosion du prix des carburants, qui "représente environ 25% du coût du fonctionnement du navire" selon M. Pelissier.
Les compagnies majeures "ont acheté leur carburant il y a 12 ou 18 mois", donc "il pourrait y avoir éventuellement un impact l'année prochaine", pointe-t-il. "Mais ce qui est important pour les compagnies, explique-t-il, c'est que le bateau soit plein, donc elles peuvent être amenées à baisser les prix pour que le bateau parte plein."
G.M.Castelo--PC