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Vague de perquisitions en France autour d'un scandale de corruption qui empoisonne Altice
La justice française a mené une vague de perquisitions dans l'affaire de corruption présumée au détriment d'Altice, qui empoisonne depuis deux ans le groupe de Patrick Drahi, à couteaux tirés avec son ancien cofondateur, Armando Pereira.
Sollicité par l'AFP, Altice, maison-mère de l'opérateur SFR, n'a pas souhaité commenter. Ni le groupe ni ses filiales, n'ont fait l'objet de perquisitions, a-t-on précisé dans son entourage.
Plus de 70 enquêteurs ont perquisitionné simultanément 15 domiciles et 14 sociétés situés en Île-de-France, en Corse, dans le Var et dans les Vosges, a souligné le procureur de la République financier Jean-François Bohnert, confirmant des informations du quotidien Le Monde.
"Plus de 14 millions d'euros ont été saisis sur des comptes bancaires, ainsi que des véhicules et objets de luxe", a précisé le patron du Parquet national financier (PNF).
- Vaste système -
Ce dernier avait ouvert en septembre 2023 cette enquête "sur un vaste système corruptif pour des faits qualifiés notamment de corruption privée, d’escroquerie en bande organisée et de blanchiment en bande organisée, au détriment du groupe Altice".
"Ce dispositif complexe s’appuierait sur un réseau de sociétés écrans interposées entre Altice et certains fournisseurs, ayant permis la surfacturation de prestations et de biens. Les fonds ainsi obtenus auraient ensuite alimenté des mécanismes de blanchiment impliquant des structures basées en France et à l’étranger, au profit des principaux instigateurs de ce système", a-t-il ajouté.
Ces perquisitions doivent nourir l'enquête française, ouverte deux mois après l'arrestation par les autorités portugaises d'Armando Pereira, alors bras droit du milliardaire français Patrick Drahi, premier actionnaire d'Altice France.
Altice dit collaborer avec la justice française et portugaise. Selon une source proche du dossier, Altice et SFR ont déposé plainte au printemps 2024, visant Armando Pereira et ceux qu'ils soupçonnent d'être ses complices, ainsi que des sociétés sous-traitantes. Ces personnes "sont celles aujourd'hui ciblées par les perquisitions", a précisé cette source à l'AFP.
"Il aura fallu attendre plus de deux ans et demander à de nombreuses reprises à être entendu, puis exposer dans la presse la réalité de la situation pour que le Parquet national financier se décide enfin à commencer à vérifier les accusations qui sont contestées par Armando Pereira", ont réagi auprès de l'AFP les avocats de ce dernier, Jean Tamalet et Aurélie Chazottes.
"Nous aurions aimé une meilleure réactivité mais nous nous réjouissons que les choses progressent enfin. Il était temps. Notre client se tient depuis le premier jour à la disposition de la justice et entend participer très activement à la manifestation de la vérité", ont-ils ajouté.
- "Trahi et trompé" -
Armando Pereira avait été arrêté en juillet 2023 par la justice portugaise, qui avait ouvert la première enquête pour "corruption dans le secteur privé, fraude fiscale, faux et usage de faux et blanchiment". Elle le soupçonne d'avoir mis en place un réseau de fournisseurs douteux dans le but de détourner d'importantes sommes d'argent via la politique d'achats du groupe.
M. Pereira, qui conteste, est mis en cause "dans une procédure portugaise mais dans aucune procédure française" pour le moment, et n'a pas été entendu par la justice française, a précisé Me Tamalet.
A la suite de ce scandale, M. Drahi avait déclaré se sentir "trahi et trompé par un petit groupe d'individus". Plusieurs cadres avaient quitté le groupe.
M. Drahi, 62 ans, qui vient d'achever une réduction de la dette colossale de son groupe après plusieurs cessions (BFM-TV, RMC, ses parts dans La Poste Mobile), et M. Pereira, 73 ans, sont depuis à couteaux tirés.
Outre les procédures pénales, menées en France par l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF) dans le cadre d'une équipe commune d'enquête franco-portugaise, une procédure civile oppose les deux protagonistes en Suisse, déclenchée en juillet par M. Pereira contre M. Drahi.
Le premier soutient avoir investi aux côtés du second dans plusieurs sociétés lui appartenant, notamment dans certaines filiales d'Altice. Si l'homme ne possède pas de parts, ses avocats affirment néanmoins que 20 à 22% de celles de Patrick Drahi dans ces filiales lui reviendraient. Il réclame au moins 1,4 milliard d'euros.
C.Cassis--PC