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Prison ferme requise à un procès pour traite d'êtres humains lors de vendanges en Champagne
"Les raisins de la misère": le parquet a requis jeudi de la prison ferme à un procès pour traite d'êtres humains lors des vendanges en Champagne en 2023, avec pour victimes une cinquantaine de vendangeurs, souvent sans-papiers.
"On ne peut accepter que derrière une quelconque bouteille de Champagne se cachent une sous-traitance incontrôlée et une maltraitance caractérisée", a lancé le procureur. Il a requis quatre ans de prison, dont deux ferme, contre la gérante d'une société de prestations viticoles, et trois ans, dont un ferme, contre deux hommes accusés d'avoir recruté les vendangeurs.
Le procès s'est tenu toute la journée à Châlons-en-Champagne, en présence de dizaines de victimes.
"Assemblage 20% de raisins 80% de misère" et "Prestataires = fossoyeurs de la Champagne" pouvait-on lire sur des banderoles lors d'un rassemblement organisé par la CGT devant le tribunal jeudi matin.
Les réquisitions les plus lourdes visent la gérante de la société de prestations viticoles Anavim, qui les a écoutées en pleurs.
Outre la traite d'êtres humains, cette quadragénaire originaire du Kirghizistan est jugée pour travail dissimulé, emploi d'étrangers sans autorisation de travail salarié, soumission de personnes vulnérables à des conditions d'hébergement indignes, avec une rétribution inexistante ou insuffisante.
S'exprimant avec l'aide d'une traductrice, elle a nié farouchement être à l'origine des conditions d'hébergement des vendangeurs, renvoyant la balle aux deux autres prévenus, deux trentenaires accusés d'avoir participé à leur recrutement en Ile-de-France.
La société Anavim et une coopérative vinicole de la Marne, la SARL Cerseuillat de la Gravelle, sont également poursuivies comme personnes morales.
Le procureur a demandé la dissolution d'Anavim et une amende de 200.000 euros pour la coopérative vinicole, soulignant que les prix "extrêmement concurrentiels" pratiqués par la gérante d'Anavim avaient séduit des prestataires peu scrupuleux.
En septembre 2023, l'inspection du travail avait procédé à un contrôle de l'hébergement des travailleurs et constaté des conditions de vie portant "gravement atteinte" à leur sécurité, leur santé et leur dignité, selon le parquet.
Leur hébergement collectif à Nesle-le-Repons, au sud-ouest de Reims, avait ensuite été fermé par la préfecture, qui y avait constaté "des literies de fortune", "l'état répugnant des toilettes, sanitaires et lieux communs" et des installations électriques dangereuses.
- "Comme des esclaves" -
"Ils nous mettent dans un bâtiment abandonné, pas de nourriture, pas d'eau, rien du tout. Et puis on nous amène (...) pour faire des vendanges de 5H00 du matin jusqu'à 6H00 du soir", a témoigné auprès de l'AFP Modibo Sidibe, une victime venue assister au procès en espérant que "justice soit faite".
A l'audience, un autre vendangeur, Camara Sikou, a répondu au tribunal qui lui demandait comment ils avaient été traités: "Comme des esclaves".
Les prévenus "ont un mépris total pour le respect de la dignité humaine", a dénoncé en amont du procès Me Maxime Cessieux, avocat des victimes, dont la majorité sont des étrangers en situation irrégulière. Des "vendangeurs des raisins de la misère", a-t-il lancé durant sa plaidoirie.
"C'est le propre de la sous-traitance, où on pense qu'on confie un travail à quelqu'un et après, on se déresponsabilise", a commenté Mehdi Bouzaida, avocat du Comité contre l'esclavage moderne, partie civile, estimant que les prestataires ont "fermé les yeux sur des choses qui étaient devant leur nez".
Donneurs d'ordre et prestataires "doivent être condamnés conjointement", pour José Blanco, de la CGT Champagne, également partie civile.
Le syndicaliste réclame que "les conditions d'hébergement et de rémunération des travailleurs saisonniers soient inscrites dans le cahier des charges de l'AOC Champagne".
Pour la première fois dans un procès sur la question des vendangeurs, le Comité Champagne, qui représente 16.200 vignerons, 130 coopératives et 370 maisons de Champagne, est lui aussi partie civile.
"Tout le monde s'est mobilisé pour que ces faits cessent", a assuré l'avocate du Comité Champagne, Diane de Valbray, estimant que l'organisation interprofessionnelle se plaçait du côté des victimes.
Quatre personnes travaillant à la récolte du raisin sont décédées lors de ces mêmes vendanges 2023 dans la région. Ce qui leur ont valu le surnom des "vendanges de la honte" par plusieurs médias.
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P.Sousa--PC