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Un sommet sur la mer du Nord troublé par le Groenland et la menace russe
Des dirigeants européens discuteront lundi en Allemagne de leur coopération énergétique et sécuritaire en mer du Nord, et devraient aborder la question de la menace russe et des ambitions américaines pour le Groenland.
L'avenir du territoire autonome danois, convoité par Washington, n'est pas officiellement à l'ordre du jour de ce sommet international de la mer du Nord organisé à Hambourg, troisième édition d'un forum créé dans la foulée de la guerre en Ukraine pour limiter la dépendance énergétique de l'Europe, notamment vis-à-vis de la Russie.
Mais le sujet ainsi que la question de l'Arctique devraient s'y inviter, notamment du fait de la présence des dirigeants danois et norvégiens.
"Je suis certain, au vu de la composition de la réunion, que la sécurité dans le Grand Nord sera également dans l'intérêt des participants", a noté vendredi Steffen Meyer, porte-parole du chancelier Friedrich Merz, lors d'un point-presse régulier.
Et il sera question du développement de l'énergie en mer (offshore) et la "sécurité dans la mer du Nord", a-t-il ajouté.
- Sécurité du Nord -
La Première ministre danoise Mette Frederiksen, en visite vendredi au Groenland, des représentants de l'Islande, de la Commission européenne et de l'Otan seront présents dans la deuxième ville allemande.
Les chefs de gouvernement norvégien, néerlandais, irlandais, belge, luxembourgeois, le ministre français de l'Economie et son homologue britannique ont aussi confirmé leur participation.
Au forum de Davos, le président américain a certes rétracté sa menace de s'emparer par la force du Groenland et annoncé un "cadre d'accord" avec ses alliés de l'Otan.
Mais les Européens restent alertes face à Donald Trump, qui affirme vouloir protéger cette immense île de la Russie et de la Chine.
"Nous devrons accorder une attention accrue à toutes les parties du territoire européen de l'Otan. Cela concerne avant tout le Nord", a déclaré jeudi le chancelier Friedrich Merz après un Conseil européen extraordinaire.
Avant de faire référence au sommet de Hambourg, où il sera question de "sécurité maritime" et de "notre réussite économique commune dans le Nord".
Le dirigeant allemand souhaite que la mer du Nord devienne "le plus grand réservoir mondial d'énergie propre" qui est d'une "importance capitale pour une Europe économiquement forte, sûre et indépendante".
Dans cette zone stratégique, les Européens veulent accélérer le déploiement de l'éolien en mer, un défi industriel colossal pour la décarbonation du continent.
Le sommet abordera la situation "actuellement difficile" de la filière offshore, selon des sources gouvernementales.
Manque d'investissements et de coordination entre les pays, matières premières coûteuses, croisade de Donald Trump contre les éoliennes et concurrence chinoise... Les défis sont nombreux.
Lors du sommet de 2023, les pays membres ont convenu d'installer en mer du Nord jusqu'à 300 gigawatts de capacité à l'horizon 2050. Or sans effort supplémentaire, l'objectif de 120 GW pour 2030 sera manqué, selon un rapport du cabinet Baringa.
- Attaques hybrides -
La mer du Nord, comme la mer Baltique, sa voisine plus à l'est, est également la cible d'attaques hybrides imputées à la Russie.
Des cargos russes "espions" sont soupçonnés d'approcher des infrastructures stratégiques - parcs éoliens, gazoducs et câbles de communication - pour les endommager et livrer des informations à Moscou.
En Allemagne, les survols de drones au-dessus d'infrastructures sensibles qui inquiètent les Européens se sont multipliés.
"Il est bien que les aspects de sécurité de l'infrastructure énergétique soient également mis en avant à Hambourg", insistait Steffen Meyer vendredi.
D'autant que les éoliennes pourraient aider à la sécurité: il serait possible d'y intégrer des appareils de surveillance ou des drones, avance une étude du groupe de réflexion E3G.
Pour l'heure, "il y a très peu de coordination (entre les secteurs militaire et énergétique) sur ces questions dans la mer du Nord", explique à l'AFP Simon Skillings, coauteur du rapport.
Par ailleurs, avec la guerre en Ukraine, "nous avons appris qu'une infrastructure énergétique plus dispersée, comme les éoliennes, est plus difficile à mettre hors service", ajoute l'expert.
Autre enjeu de souveraineté: les acteurs de l'éolien dépendent lourdement des terres rares chinoises. Certains composants importés suscitent même "des inquiétudes car dotés d'intelligence artificielle", ajoute M. Skillings.
G.Teles--PC