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Guerre au Moyen-Orient: la BCE sonne l'alerte pour la santé de la zone euro
La Banque centrale européenne a sonné jeudi l'alerte sur le risque croissant d'inflation, relevant la "grande incertitude" qui entoure l'avenir économique de la zone euro et sa croissance en raison du choc énergétique causé par la guerre au Moyen-Orient.
Dans un environnement de plus en plus chaotique qui pourrait conduire au dilemme de la stagflation, mélange de prix élevés et de croissance atone, la BCE s'estime néanmoins "bien positionnée" et "bien équipée" pour apporter en temps voulu la réponse monétaire nécessaire, a dit sa présidente Christine Lagarde lors de sa conférence de presse.
L'institution se retrouve en quelques semaines confrontée à un risque d'emballement généralisé des prix, alors qu'elle craignait encore en début d'année une désinflation trop marquée.
Pas de paniquer pour autant. L'ambiance était "calme" et "déterminée" autour de la table du conseil des gouverneurs décidant du cap monétaire pour les 21 pays de la zone euro, a affirmé Mme Lagarde.
Pourtant, une guerre prolongée avec l'Iran "pourrait entraîner une hausse des prix de l'énergie plus forte et plus durable que prévu actuellement, et peser également sur la confiance" des ménages et des entreprises, le tout freinant l'activité, a relevé la banquière centrale.
Côté inflation, celle-ci devrait repartir à la hausse "en particulier à court terme", a-t-elle expliqué. Et si le conflit devait durer encore, il pourrait "entraîner une hausse des prix de l'énergie plus importante et plus durable que prévu actuellement, augmentant davantage l'inflation dans la zone euro".
La BCE va continuer à décider de son cap monétaire en fonction des données disponibles et réunion par réunion, la prochaine étant programmée le 30 avril.
Elle surveillera de près plusieurs indicateurs clés, notamment l'évolution des marchés pétroliers, les goulets d'étranglement côté offre, la dynamique des salaires et les anticipations de prix des entreprises, a indiqué Mme Lagarde.
Dans l'immédiat, les gardiens de l'euro ont choisi de ne pas changer le cap: le taux de dépôt, qui sert de référence, reste fixé à 2%, comme depuis juillet, l'inflation évoluant ces derniers mois autour de l'objectif de 2%.
- Prudence généralisée -
D'autres banques centrales ont également opté pour la prudence.
La Réserve fédérale américaine (Fed) a maintenu mercredi ses taux inchangés pour la deuxième réunion consécutive. La Banque d'Angleterre (BoE) a également laissé jeudi son taux directeur inchangé, de même que la Banque du Japon (BoJ) et la Banque nationale suisse (BNS), qui anticipent aussi une plus forte inflation à venir.
La BCE a publié jeudi de nouvelles projections économiques à l'horizon 2028, arrêtées au 11 mars pour tenir compte des hausses du prix du Brent et du gaz observées depuis fin février.
- L'inflation pourrait dépasser 4% -
Elle a taillé dans ses prévisions de croissance revue à 0,9% pour 2026, contre 1,2% en décembre. Côté inflation, l'institution attend un taux de 2,6% pour cette année, contre 1,9% auparavant, puis 2% en 2027 et 2,1% en 2028.
L'inflation sous-jacente, hors prix volatils de l'énergie, devrait également rester élevée à 2,3% cette année, traduisant les craintes d'effets des prix d'énergie sur les salaires et les prix finaux fixés par les entreprises.
La BCE a en outre étudié deux "scénarios alternatifs" en fonction de la durée et de l'intensité du conflit avec l'Iran.
Dans l'hypothèse la plus défavorable, la croissance retomberait à 0,4% en 2026 pendant que l'inflation grimperait à 4,4%, puis 4,8% en 2027.
Mme Lagarde a souligné que la BCE est mieux préparée qu'en 2022, quand elle avait tardé à réagir face à une inflation galopante après le début de la guerre russe en Ukraine.
L'inflation est mieux "ancrée", les taux sont plus élevés qu'à l'époque et la transmission des chocs énergétiques mieux comprise, même si la mémoire des récentes flambées pourrait influencer les comportements, selon la Française.
"Le message de la BCE est celui de la vigilance plutôt que de l'urgence", commente Daniela Hathorn, chez Capital.Com.
Pour les marchés, qui anticipaient avant jeudi deux hausses de taux cette année, "les prochaines décisions de la BCE dépendront largement de l'évolution du choc énergétique dans les mois à venir", conclut-elle.
N.Esteves--PC