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Grèce: après les protestations, le procès de la collision ferroviaire de Tempé reprend
Le procès de 36 responsables présumés de la collision ferroviaire meurtrière de Tempé en Grèce doit reprendre mercredi après une ouverture chaotique qui a soulevé l'indignation des familles et les critiques du Premier ministre.
Moins de quatre heures après le début de ce procès très attendu le 23 mars, la présidente de la Cour l'avait ajourné en raison du manque de places, d'une chaleur suffocante et d'une désorganisation complète dans le prétoire.
"On frôle les malaises", avait justifié Georgia Stefanidou, chargée d'examiner les responsabilités dans le pire accident ferroviaire de l'histoire grecque.
"On est entassé comme des sardines!", avait fustigé de son côté Maria Karystianou, mère d'une victime, qui s'apprête à former un parti politique.
Le 28 février 2023, deux trains, l'un de voyageurs et l'autre de marchandises, étaient entrés en collision frontale dans la vallée de Tempé (centre), tuant 57 personnes, pour beaucoup des étudiants, et blessant des dizaines d'autres.
Le procès doit notamment permettre de comprendre pourquoi les deux trains ont pu circuler sur la même voie pendant plus de 10 minutes sans déclencher aucun système d'alarme.
- Cris, invectives -
Avant même l'ouverture de l'audience, cris et invectives avaient résonné dans une salle d'audience trop petite pour accueillir les centaines de proches de victimes, survivants, avocats, journalistes qui avaient fait le déplacement, parfois en autocar, à Larissa (centre).
Faute de places assises en nombre suffisant, des familles ayant perdu un enfant, une soeur, s'étaient retrouvées assises sur le banc des accusés, ces derniers étant pour la plupart absents.
Des parents en noir, tenant les photos de leurs enfants morts, des rescapés qui portent des séquelles physiques de l'accident avaient dû rester debout, le tout dans une chaleur insoutenable, avait constaté l'AFP.
La Cour avait ordonné plusieurs suspensions de séance en raison des appels répétés des avocats à trouver une salle plus grande.
Et seuls les noms de 5 des 36 accusés ont pu être lus au premier jour de ce procès pourtant déplacé à l'université de Larissa, le tribunal local ayant une capacité d'accueil limitée.
Les autorités grecques ont assuré que 486 places étaient prévues, sur trois espaces. "Si quelqu’un trouve une salle plus grande en Europe, qu’il me le dise!", a lancé le ministre de la Justice, Yiorgos Floridis, sur la chaîne ANT1, s'attirant encore davantage de critiques.
Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a déploré "le sérieux problème de coordination" et "les images de désorganisation" observées lors de l'ouverture des débats, enjoignant de "corriger ces défaillances".
Cet accident ferroviaire a soulevé une vague de colère qui ne s'est pas apaisée depuis.
- Vétustes -
Au lendemain de l'accident, les Grecs avaient découvert avec effroi les failles de sécurité de leur réseau ferroviaire, miné par des années de gestion déficiente et des systèmes de signalisation vétustes.
Leur modernisation accusait un retard de plusieurs années malgré l'octroi de fonds européens conséquents et les alertes des syndicats.
Depuis trois ans, des familles n'ont cessé de dénoncer des failles criantes dans l'enquête.
Trente-trois accusés répondent de charges criminelles et encourent des peines de prison pouvant aller jusqu'à la réclusion à perpétuité.
Au moins 352 témoins de l'accusation devraient défiler à la barre.
Parmi les accusés figurent le chef de gare en poste ce soir-là à Larissa, Vassilios Samaras, peu expérimenté et interpellé le lendemain de l'accident, et deux autres chefs de gare qui avaient quitté leur poste avant la fin de leur service.
Des cadres et des employés de l'Organisme des chemins de fer de Grèce (OSE), le gestionnaire du réseau ferré, sont également jugés, ainsi que deux responsables italiens de la compagnie des chemins de fer Hellenic Train, filiale des chemins de fer italiens, Ferrovie dello Stato.
Tous comparaissent libres.
Aucun responsable politique ne se trouve sur le banc des accusés, ce qui alimente la rancoeur alors que le camp conservateur de Kyriakos Mitsotakis a été accusé par l'opposition et la société civile de couvrir les responsables du "crime de Tempé".
Deux anciens membres du gouvernement Mitsotakis font l'objet d'une procédure, mais aucun n'a comparu devant un tribunal.
P.Queiroz--PC