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Zimbabwe: la production de tabac décolle, tirée par des fermiers sous contrat
Ils sont quelques dizaines à arpenter les rangées soigneusement alignées de plants de tabac qui s'étendent à perte de vue vers la brousse zimbabwéenne: ces fermiers en formation font partie des quelque 120.000 petits exploitants qui ont propulsé la production nationale à des niveaux records.
Parmi eux, Read Sola, 64 ans, l'un des quelque 300 agriculteurs qui cultivent désormais du tabac dans le sud du Matabeleland, une région historiquement non productrice de tabac.
Pendant 10 ans, il a cultivé du maïs mais ce n'était "guère profitable car sujet aux parasites". En novembre, il a planté du tabac pour la première fois, après avoir signé un contrat avec Atlas Agri, une société installée à Dubaï qui fait partie des 44 négociants de tabac étrangers et nationaux opérant au Zimbabwe.
Dans ce modèle agricole de plus en plus commun en Afrique, les donneurs d'ordres fournissent les plants et les engrais à crédit aux petits exploitants contre la promesse de leur acheter leur récolte à un prix fixé à l'avance. Au risque de plonger les fermiers dans la dépendance et l'endettement.
Le Zimbabwe a produit 355.000 tonnes de tabac en 2025 contre 306.000 tonnes en 2024, selon l'Office de l'industrie et du marketing du tabac.
L'organisme table sur une récolte de 360.000 tonnes en 2026, confirmation du redressement spectaculaire d'un secteur qui était aux abois après une réforme agraire désastreuse menée dans les années 2000 par le président Robert Mugabe (1987-2017). En 2008, la production de tabac était tombée à 48.000 tonnes.
Sur plus de 127.000 producteurs de tabac, 95% sont de petits exploitants sous contrat qui fournissent 85% de la production, selon l'Office du tabac.
- Piège de la dette -
Les retombées de son contrat avec une entreprise chinoise ont permis à Davis Tembo, 50 ans, d'acheter une parcelle plus grande, au prix d'une dépendance écrasante vis-à-vis de son donneur d'ordres.
Cultivateur indépendant pendant plusieurs années, il s'est résolu à signer un contrat en 2015 faute de fonds nécessaires pour financer une nouvelle récolte.
Si son contractant veille à ce que les intrants arrivent à temps, des conditions météorologiques imprévisibles l'empêchent parfois d'obtenir le rendement espéré, ce qui le laisse dans le rouge.
"Les fermiers sont contraints de retourner aux champs et de rester dans cette agriculture sous contrat, en espérant qu'ils atteindront à un moment donné le seuil de rentabilité", explique M. Tembo à l'AFP.
La plupart des petits exploitants ne détiennent pas de titres de propriété sur leurs terres. Ils ne peuvent donc pas accéder à des prêts bancaires, dont les taux d'intérêt sont souvent plus de deux fois supérieurs aux 15% proposés par les donneurs d'ordres, selon des sources du secteur.
Malgré les attraits du secteur, la rentabilité reste difficile à atteindre, explique George Seremwe, président de l'Association des producteurs de tabac du Zimbabwe.
"Vous avez les primes d'assurance (...) et d'autres prélèvements qui rendent la production non viable", affirme-t-il, reprenant à son compte des accusations d'entente sur les prix d'achat dans le secteur.
"Les agriculteurs sont réduits au rang de simples ouvriers d'entreprises contractantes et un certain nombre d'entre eux se retrouvent pris au piège de l'endettement."
- Relocalisation en Afrique -
A l'image du lucratif secteur minier du Zimbabwe, les entreprises chinoises dominent la production de tabac, suscitant des critiques sur une situation de quasi-monopole qui contribue à la stagnation des prix.
Les entreprises chinoises achètent entre 30 et 40% des volumes, indique à l'AFP le directeur général de l'Office du tabac, Emmanuel Matsvaire, soulignant la nécessité "de réduire le risque d'une super-dépendance au marché chinois".
Le Zimbabwe exporte aussi son tabac vers 60 autres marchés et des discussions sont en cours pour le retour du géant américain Philip Morris International après plusieurs décennies d'absence, confirme Matsvaire.
Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui plaide pour une agriculture sans tabac, les cigarettiers se tournent de plus en plus vers l'Afrique pour la production de tabac, ce qui contribue à la déforestation et nuit à la sécurité alimentaire.
Entre 2005 et 2020, toujours selon l'OMS, la superficie des cultures de tabac a diminué de plus de 15% à l'échelle mondiale tout en augmentant de près de 20% en Afrique.
N.Esteves--PC