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Entassés dans un camp de fortune en Afrique du Sud, des milliers de Malawiens espèrent rentrer chez eux
Dans des conditions insalubres, des milliers de Malawiens s'apprêtent mercredi à passer une nouvelle nuit dans un terrain vague de la ville portuaire de Durban, dans l'est de l'Afrique du Sud, avides de rentrer chez eux et de fuir une virulente campagne antimigrants.
La frustration et la colère montent dans ce camp de fortune de Sherwood Park, où certains attendent depuis plusieurs jours des bus qui doivent les ramener au Malawi, à plus de 2.000 kilomètres et plusieurs jours de route.
Le camp abriterait, selon des médias locaux, jusqu'à 10.000 personnes, toutes prêtes à partir au plus vite et à abandonner la vie qu'elles ont peiné à construire en Afrique du Sud.
Hommes, femmes et enfants s'entassent dans des tentes pour se protéger des fraîches nuits de l'hiver austral.
Une poignée d'organisations, religieuses et caritatives, distribuent de la nourriture, de l'eau, des serviettes hygiéniques et des couches pour les nourrissons. Les files d'attente sont omniprésentes dans le camp.
Quelques toilettes portatives ont été installées sur le site: elles sont depuis longtemps saturées. Des cas de diarrhée sont signalés dans le camp, où flotte une forte odeur d'urine et d'excréments.
Hasani Ahmadi, 25 ans, a participé cette semaine à une manifestation spontanée qui a mis en fuite deux bus de partisans d'un groupe antimigrants qui voulaient apparemment voir le camp - une provocation de plus, selon les migrants concernés.
"Pourquoi ces gens viennent-ils ici pour nous harceler?", demande M. Ahmadi. "Ils nous ont dit de partir de chez nous (...) Maintenant que nous sommes ici, en train d'essayer de rentrer chez nous, ils continuent de nous suivre", s'emporte le jeune homme.
L'Afrique du Sud est en proie depuis plusieurs mois à des manifestations dans tout le pays réclamant le départ des immigrés clandestins, certaines fixant la date du 30 juin comme une forme d'ultimatum, en dehors de toute légalité.
Ces marches n'ont jamais dépassé quelques milliers de personnes, mais elles se sont accompagnées d'un torrent de haine xénophobe en ligne et ont eu un fort écho médiatique.
"Tout ce que je veux, c'est rentrer chez moi", lance Hasani Ahmadi, installé depuis 10 ans en Afrique du Sud où il travaillait dans une petite fabrique de cercueils.
- "Très douloureux" -
Gazembe Bwana, 44 ans, vivait depuis 14 ans dans le pays. Artisan carreleur, il y a rencontré sa compagne.
"J'ai travaillé si dur. Je me suis créé mon travail, je n'ai pris le travail de personne. Et là, je repars avec en tout et pour tout un seul sac", explique-t-il à l'AFP.
"Ce qui m'est arrivé en Afrique du Sud est très douloureux", ajoute-t-il en s'apprêtant à embarquer dans un bus pour le Malawi. Sa voiture et ses effets personnels, il les a confiés à sa compagne et lui a conseillé de les vendre, pour qu'elle puisse subvenir à ses besoins.
Mercredi, la police a brièvement fait usage de gaz lacrymogène et de tirs de balles en caoutchouc pour disperser un groupe de migrants refusant d'être transférés vers un autre centre où leurs papiers d'identité devaient être vérifiés.
Nasira Mbongo, enceinte de huit mois, explique à l'AFP avoir inhalé des gaz et avoir du mal à respirer.
"J'attends ici depuis lundi, j'ai signé tous les documents mais mon nom n'a pas encore été appelé", se désole-t-elle.
"Tout ce que je veux, c'est rentrer chez moi et accoucher en sécurité. Je n'envisagerai plus jamais de revenir en Afrique du Sud. Si je dois mourir de faim, je préfère mourir de faim là-bas", au Malawi, poursuit-elle.
Depuis trois ans, elle vivait à Marianhill, à l'ouest de Durban. "Notre logeuse nous a dit qu'on l'avait prévenue qu'elle devait faire partir tous les étrangers, sinon sa propriété serait brûlée avec les étrangers à l'intérieur. Nous avons été forcés de partir", relate la jeune femme.
Quelque 1.340 femmes, enfants et malades ont déjà embarqué dans des bus pour rentrer au Malawi, selon Cyril Mncwabe, chef du département des Affaires intérieures de la province du KwaZulu-Natal.
Nombre de Malawiens à Sherwood ont reconnu ne pas avoir de papiers en règle pour se trouver dans le pays, affirmant avoir été attirés en Afrique du Sud par des réseaux leur promettant des emplois dans des usines, des mines ou comme employés de maison.
Le Ghana, le Nigeria et le Mozambique ont eux aussi commencé à rapatrier leurs ressortissants en raison de la campagne antimigrants en cours.
J.Pereira--PC