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Remis à la CPI, Rodrigo Duterte dit assumer ses "responsabilités"
L'ancien président philippin Rodrigo Duterte a dit mercredi assumer "ses responsabilités" à son arrivée aux Pays-Bas, où il a été remis à la Cour pénale internationale pour répondre de crimes présumés lors de sa guerre contre la drogue.
La CPI estime qu'il existe des "motifs raisonnables" de croire que M. Duterte a commis un crime contre l'humanité, le meurtre, en tant que "coauteur indirect", lors d'une campagne contre les stupéfiants qui a fait des dizaines de milliers de morts, selon les organisations de défense des droits humains.
"Je suis celui qui a dirigé les forces de l'ordre et l'armée. J'ai dit que je vous protégerai et j'assume mes responsabilités", a déclaré M. Duterte dans une vidéo partagée sur les réseaux sociaux, alors qu'il s'apprêtait à atterrir aux Pays-Bas.
"J'ai dit à la police, à l'armée, que c'était mon travail et que j'en étais responsable", a poursuivi cet homme de 79 ans, premier ancien chef d'État asiatique à être inculpé par la CPI.
La cour a confirmé que M. Duterte lui avait été remis après son arrivée à Rotterdam par avion.
Le procureur de la juridiction, Karim Khan, a déclaré que l'exécution du mandat d'arrêt était "importante pour les victimes" et prouve que "le droit international n'est pas aussi faible que certains pourraient le penser".
M. Duterte devait être conduit au centre de détention de la CPI, qui siège à La Haye, avant une première comparution qui devrait avoir lieu dans les prochains jours.
S'adressant à l'AFP devant la cour, Gilbert Andres, avocat représentant les victimes de la guerre contre la drogue, a déclaré que ses clients "sont très reconnaissants envers Dieu, car leurs prières ont été exaucées".
"L'arrestation de Rodrigo Duterte est un signal fort pour la justice pénale internationale. Cela signifie que nul n'est au-dessus des lois (...) Il y aura un jour justice pour tous (...) même pour les hommes puissants comme Rodrigo Duterte", a ajouté M. Andres.
Un peu plus loin, des dizaines de partisans de l'ancien président se sont rassemblés devant le centre de détention, déployant une banderole sur laquelle on pouvait lire "Nous sommes avec Duterte" et agitant des drapeaux.
"Il n'y a eu aucune procédure régulière", a affirmé Duds Quibin, un soignant de 50 ans. "C'est un enlèvement. Ils l'ont juste mis dans un avion et l'ont amené ici", a-t-il ajouté.
- "Oppression et persécution" -
Mercredi matin, les avocats de M. Duterte ont indiqué avoir déposé une requête auprès de la Cour suprême, accusant le gouvernement d'"enlèvement" et exigeant qu'il soit contraint de "le ramener".
"La CPI ne peut exercer sa compétence que si le système juridique national d'un pays ne fonctionne pas", a déclaré Me Salvador Paolo Panelo Jr. Or, le système judiciaire philippin "fonctionne correctement", selon lui.
Avant le départ de son père, l'actuelle vice-présidente Sara Duterte a déclaré qu'il était "emmené de force à La Haye", qualifiant ce transfert d'"oppression et de persécution".
"Duterte a de la chance, il bénéficie d'une procédure régulière" alors qu'"il n'y a pas eu de procès en bonne et due forme pour mon fils", a déploré Emily Soriano à propos de son fils Angelito, lors d'une conférence de presse organisée par une association locale de défense des droits de l'homme à Manille mercredi.
"Il sera couché dans un bon lit, mon fils est déjà en train de pourrir au cimetière", a-t-elle poursuivi.
- "Escadron de la mort" -
Cette affaire très médiatisée est la bienvenue pour la CPI, sous le coup de sanctions du président américain Donald Trump, mécontent du mandat d'arrêt émis contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou pour des crimes présumés commis pendant la guerre à Gaza.
A l'initiative de M. Duterte, les Philippines ont quitté en 2019 la CPI mais celle-ci a maintenu sa compétence en ce qui concerne les meurtres qui se sont produits avant ce retrait, ainsi que pour ceux commis dans la ville de Davao, à l'époque où M. Duterte en était le maire.
La CPI a déclaré dans son mandat d'arrêt qu'il existait des "motifs raisonnables de croire" qu'au moins 19 personnes avaient été assassinées à Davao par des membres de l'"Escadron de la mort de Davao", dirigé par M. Duterte.
Au moins 24 personnes ont en outre été tuées par la police philippine à divers endroits, selon ce mandat.
Dimanche, Rodrigo Duterte a traité les enquêteurs de la CPI de "fils de putes", tout en affirmant qu'il accepterait une arrestation.
L'ancien président reste un homme extrêmement populaire pour de nombreuses personnes aux Philippines qui ont soutenu ses solutions rapides à la criminalité.
Il reste une puissante force politique et est en lice pour retrouver son poste de maire aux élections de mi-mandat en mai.
burs-cvo/ial/
P.Cavaco--PC