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Allemagne: la voie est libre pour le plan d'investissements géant de Merz
Le futur chancelier Friedrich Merz peut souffler : son plan d'investissements géant destiné à réarmer et moderniser l'Allemagne, très attendu par les partenaires du pays, est désormais sur de bons rails grâce à un accord politique conclu in extremis.
Le chef des conservateurs a obtenu vendredi des députés écologistes qu'ils acceptent de lever leur veto à son "bazooka" de centaines de milliards d'euros, un programme de dépense sans précédent pour la première économie européenne.
Il s'est félicité d'un compromis "acceptable et bon pour tous les participants", à l'issue d'une semaine de négociations avec les Verts qui pointaient les lacunes du projet.
Un échec aurait un très mauvais signal pour le futur dirigeant, dont l'initiative a été saluée par les capitales européennes.
Avec les députés écologistes, Friedrich Merz peut désormais compter sur la majorité des deux tiers nécessaire pour faire amender la constitution et assouplir les règles d'endettement du pays.
Le vote sur le texte aura lieu mardi prochain à la chambre basse du parlement, le Bundestag. Puis le Bundesrat, qui représente les régions, devra aussi l'adopter.
Ce vote sera l'occasion de "libérer" l'Allemagne de ses "chaînes financières" pour envoyer un "signal important à l'Europe, à l'Ukraine, à Vladimir Poutine et à Donald Trump", a souligné vendredi Lars Klingbeil, le chef des sociaux-démocrates dans ces négociations.
Tournant le dos à des décennies d'orthodoxie budgétaire, les conservateurs et les sociaux-démocrates, probables partenaires dans le prochain gouvernement, proposent un tournant majeur à l'Allemagne, sous la forme d'un assouplissement des règles d'endettement pour les dépenses militaires et les régions, ainsi qu'un fonds spécial de 500 milliards d'euros sur 12 ans pour rénover les infrastructures.
- "L'Allemagne est de retour" -
"L'Allemagne est de retour, l'Allemagne apporte sa grande contribution à la défense de la liberté et de la paix en Europe", a affirmé Friedrich Merz en présentant le compromis à la presse.
Avec ce plan, "il ne manquera plus aucun moyen financier pour défendre la liberté et la paix" en Europe, a-t-il promis.
Jeudi lors de l'examen du texte au parlement, Friedrich Merz avait jugé "irresponsable" de retarder le réarmement du pays à un moment où l'Europe doit prendre en main sa sécurité face à des Etats-Unis devenus imprévisibles.
Mais les Verts, dont les voix sont indispensables, ont fait monter les enchères, déplorant l'absence d'une révision globale du "frein à l'endettement" et de réformes plus structurelles sur la sécurité et la transition climatique.
Pour obtenir leur soutien, M. Merz a annoncé flécher un cinquième du fonds spécial, soit 100 milliards d'euros, vers des mesures sur le climat.
"A ce niveau, ces 100 milliards d'euros feront la différence", s'est félicitée la co-cheffe du groupe écologiste Katharina Dröge.
- Coup de pouce à l'Ukraine
Autre victoire pour le conservateur: avec le vote du nouveau plan, le chancelier sortant Olaf Scholz devrait débloquer "la semaine prochaine" un soutien militaire supplémentaire de 3 milliards d'euros pour l'Ukraine, a dit Friedrich Merz vendredi.
Ce paquet d'aide supplémentaire était source de tensions entre sociaux-démocrates et écologistes au sein de l'actuel gouvernement.
Une autre bonne nouvelle pour le futur chancelier est venue de Karlsruhe, où la Cour constitutionnelle a rejeté le recours des partis d'extrême droite et de la gauche radicale visant à interdire la tenue du vote par l'actuel Bundestag.
Le futur chancelier est sous pression pour faire adopter son plan par le parlement actuel car lorsque les nouveaux élus du Bundestag se réuniront le 25 mars, ces partis, l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) et La Gauche (Die Linke) disposeront d'une minorité de blocage.
Le dirigeante de l'AfD Alice Weidel a dénoncé jeudi, devant les députés, "un coup d'Etat financier", accusant Friedric Merz de trahir ses promesses électorales sur la discipline budgétaire en lançant "le plus grand paquet d'endettement depuis la création de la République fédérale".
Pendant la campagne, "Friedrich Merz a suggéré à tort (...) qu'il n'était pas nécessaire de réformer le frein à l'endettement", a également taclé Katharina Dröge, dont le groupe écologiste est appelé à siéger dans la future opposition.
Cette partie d'échecs parlementaire se déroule parallèlement aux négociations entre conservateurs et sociaux-démocrates en vue de la formation d'une "grande coalition" que Friedrich Merz espère mettre sur pied d'ici le 21 avril.
P.Queiroz--PC